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vendredi 23 décembre 2011

Le “Géant” des Alpes

Préparation des pistes de ski

Le Cervin — montagne mythique — a habité mes rêves d’enfant et d’adolescente. Ma première boîte de crayons de couleurs, avec son couvercle imagé, avait probablement suscité l’intérêt que j’ai porté depuis aux exploits des aventuriers des hautes cimes.


Me nourrissant de lectures des récits d’alpinistes, tels que Walter Bonatti ou Gaston Rebuffat, je n’osais pas imaginer que ce “terrain de jeu” pourrait être un jour aussi celui de quelques femmes sportives.

En réalité, j’ignorais qu’en 1871 déjà une alpiniste britannique, Lucy Walker, avait gravi le Cervin, en robe blanche (pour l’anecdote), soit cinq ans après la dramatique descente depuis le sommet de l’équipée d’Edward Whymper et de Michel Croz, un 14 juillet.

16h53

J’apprenais plus tard que dans les années 60-70 le guide genevois, Michel Vaucher, appréciait les expéditions en montagne en compagnie de sa femme Yvette qui était capable d’ouvrir une voie d’ascension.

Enfin, en 1978, Nicole Niquille fut la première femme à recevoir le diplôme de guide de montagne. Malheureusement, son activité de sportive s’arrêta brusquement lors d’une simple cueillette de champignons : la chute d’un caillou la rendit paralysée. Après avoir géré l’auberge du Lac Tannay pendant une quinzaine d’années, elle décida de construire un hôpital au Népal, région qu’elle n’avait jamais oubliée depuis le temps où elle avait gravi ses premiers 8000.

Je ne suis pas devenue guide de montagne. Je n’ai même jamais gravi un 4000m à la force de mes muscles. Et pourtant, la vue de ces géants m’a toujours fascinée, ce qui m’a incitée à m’approcher d’eux, voire simplement à me confronter ... à leurs pieds. Pour mieux les adorer, comme le font les populations de l’Himalaya devant leurs montagnes déesses.



Alors qu’une multitude d’Asiatiques découvrent chaque année la beauté imposante du Cervin et du panorama du Mont-Rose, je réalisai tardivement que je ne m’étais jamais approchée de notre mythe alpin.
Les leçons de géographie, en classe primaire, avaient pour exigence l’apprentissage par cœur du nom de toutes les montagnes suisses ainsi que la capacité de les situer sur une carte muette. Mais l’approche sur le terrain n’était pas prévue.
En 2011, je décidai donc qu’il était temps de rendre visite à celui dont l’image orne encore de nos jours la première page de nombreux calendriers. Un rêve à réaliser enfin.

Carte postale: Gornergratbahn

Mais pas question de se laisser surprendre par le mauvais temps : le coût du voyage et du logement à Zermatt est trop élevé pour se contenter d’un Cervin envahi par les nuages.  Je m’occupais pendant quelques semaines à observer les prévisions de la météo suisse mais aussi du côté italien. Par chance, une large fenêtre météo fut annoncée pour mi-octobre.

Mercredi 19 octobre 8h43: fin du séjour!


Et pour nous, “petits” randonneurs se contentant de balades à 3000m ou moins, ce fut une chance extraordinaire. Pendant cinq jours, nous avons pu admirer le Cervin sous un ciel bleu exceptionnel. Jamais un seul nuage à part les traînées blanches des avions.

Nous avons joué aux touristes bêtes et paresseux en empruntant chaque jour trains et téléphériques pour cerner sous toutes ses faces celui qui avait habité mes lectures d’adolescence. Devant la face nord, nous avons songé à tous ceux qui ont laissé leur vie en tentant de gravir le Cervin.

Face nord

Devant cette verticalité impressionnante, les paroles d’Edward Whymper me sont revenues en mémoire :

«Le Cervin s’est révélé un adversaire acharné. Vaincu avec une facilité imprévisible, il s’est comporté comme un ennemi impitoyable, abattu mais pas tout à fait anéanti, et s’est vengé d’une manière terrible.»

Conception de la montagne à la fin du XIXe siècle.
Et aujourd’hui qu’en est-il ? Le Cervin est-il toujours aux yeux de quelques grimpeurs ce monstre qu’il faut combattre ?
 Ne faisant pas partie du monde des “Conquérants de l’inutile” selon l’expression de l’alpiniste Lionel Terray, j’ignore si les alpinistes d’aujourd’hui ont toujours le même regard vis-à-vis des 4000. Les enjeux ont toutefois changé car tous les hauts sommets alpins ont été «conquis». Aussi s’agit-il pour les futurs héros de la haute montagne de pratiquer le «speed climbing» : par exemple, la face nord du Cervin en 1h56min. record effectué par Ueli Steck.
Or, les deux alpinistes Erhard Lorétan et Jean Troillet avaient déjà compris au cours des ascensions des 8000 dans l’Himalaya qu’ils devaient rester le moins longtemps dans ce qu’ils appelaient la zone de la mort. Allégés et sans oxygène, ils avaient choisi l’option “rapidité” pour effectuer les derniers paliers.

Face est avec l'arête Hörnli (voie normale)

Derrière la fenêtre de l’hôtel, au petit matin lorsque les premiers rayons du soleil caressent déjà le sommet du Cervin, j’ose encore un dernier rêve. Mais est-ce bien raisonnable ?
J’imagine un deuxième train à crémaillère qui monte jusqu’à la cabane du Hörnli. De là, un funiculaire souterrain m’entraîne à la verticale jusqu’à 4458 m. Les derniers 20m, je les accomplis crampons aux pieds après avoir repris mon souffle à cause de l’altitude.

Un rêve ? Ce projet a failli être accepté en 1906. Les plans des ingénieurs étaient faisables et réalistes. Mais les guides de Zermatt et le Club alpin suisse s’engagèrent dans une campagne et récoltèrent 70 000 signatures afin que ce projet échoue.

Lever de soleil

Octobre 2011. Je suis reconnaissante qu’aucun funiculaire n’ait troué ce géant. Aux amateurs de sensations fortes, il permet de mesurer la valeur de leur effort pour accéder à son sommet. À l’espèce des “petits” randonneurs dont je fais partie, il propose encore un espace pur où  l’ambition de conquête a laissé la place à des instants de méditation.



dimanche 9 octobre 2011

Lettre à Anémone



Chère Anémone,

Ton apparition —il y a de cela deux semaines — m’a réjouie et fort surprise. Ta robe dentelée de  vert, détonnant parmi tes voisines déjà habillées de jaune ou de brun, semblait émerger d’un temps, hélas révolu.

Quelle tentation t’a-t-elle ainsi gagnée à l’aube d’un automne inéluctable ? Goûter la rosée matinale d’un jardin enclin à la préparation du repos hivernal? Humer le parfum sucré des coings parvenus à maturité ?

Je crois plutôt que le chant des mésanges —celui qui ressemble étrangement au besoin de rassemblement printanier — a aiguisé définitivement ta curiosité. Ta magnifique corolle violacée a surgi de dessous le manteau et, au même instant, tu as pu assister pour la première fois de ta vie à l’arrivée de nos rouges-gorges. Et sous tes yeux, ceux-ci ont accompli leur premier bain dans le bassin destiné pourtant en priorité aux rouges-queues.

Et te voilà, t’allongeant dans tous les sens, interpellant tes amies à en faire autant. Je te reconnais, tu es bien Anémone, la pulsatille du printemps.
Ne t’es-tu pas trompée de saison, à moins que tu nous annonces qu’il n’y aura pas d’hiver cette année ?


mardi 30 novembre 2010

Tomber à l'eau



tomber à l’eau et se fondre dans l’immensité invisible
apprendre à se dissoudre sous la vague de la nostalgie

et dans vingt jours
le seigneur à la couronne dorée
rangera sa palette et ses pinceaux

mardi 16 novembre 2010

Philémon, Félicien, Fred et la feuille qui devait passer l'hiver

                                                                                                                                                                                                                                           «— Bonsoir, Oncle Félicien !       Euh... ça... ça va, Oncle Félicien ?

— Je crois bien que c’est celle-ci... Ouais !... Je crois bien...

— Euh... de... de quoi parles-tu, Oncle Félicien ?

— De la feuille qui va passer l’hiver...

— La feuille qui va passer l’hiver ?

— Eh oui, Philémon, comme chaque année... les feuilles meurent et tombent mais il y en a toujours une qui reste... une seule.

Eh bien, cette année, la voici, cette fameuse feuille !

Hé ! Hé ! Ouais, la voici !






— Je ne savais pas qu’une feuille devait passer l’hiver ?...

— Oh... Peu de gens le savent, Philémon...

Ouais, bien peu de gens... et pourtant... il en est ainsi depuis le commencement des temps...

C’est au début de l’automne que les feuilles désignent celle qui doit passer l’hiver...  pour raconter les saisons aux jeunes feuilles du printemps suivant...

Puis elle disparaît et une nouvelle feuille est désignée à son tour... et ainsi de suite...

Ouais... et celui qui voit la feuille qui doit passer l’hiver est assuré de passer un bon hiver...»


(Texte tiré de la bande dessinée de FRED:
Philémon, le Secret de Félicien, Dargaud Editeur 1986, B.D. n° 13)



JE L'AI TROUVEE! ET VOUS?

La nuit est tombée depuis quelques heures. Je peux enfin raconter pourquoi j’ai nourri mon article d’un extrait de la b.d. de Philémon.
Chaque automne, lorsque je vois les feuilles se métamorphoser, les arbres devenir chauves et les jours raccourcir, il me vient en sourdine l’impression d’une histoire lointaine, comme surgie des tréfonds de la terre et des mers : l’histoire d’une feuille esseulée, jaunie, perdue dans le vent froid...

La photo de rêve publiée par Cathy ainsi que le très beau texte de Titane ont réanimé d’autant plus cette sensation. Oui, une feuille, parmi toutes les autres, serait-elle l’objet d’un fantasme ou l’image d’un archétype ?

Alors, j’ai posé la question autour de moi : «Quelle est cette histoire de la dernière feuille d’automne ?»

Mon lecteur de bandes dessinées  m’a répondu, sûr de lui : «Je sais.»

Aussi j’ai pu relire avec sérénité « Le secret de Félicien», histoire dont je ne me souvenais pas mais qui avait toutefois laissé une trace au fond de moi.   


 

dimanche 31 octobre 2010

A l'été de la Saint-Martin

Quelques dictons d'automne: 


Le mois des brumes réchauffe par devant
Et refroidit par derrière.



Vent de Toussaint
Terreur de marin.








A la Toussaint les blés semés
Et tous les fruits serrés.






A la Toussaint
Commence l’été de la Saint- Martin.

mercredi 27 octobre 2010

Ballenberg: dernières cartes postales




«Au Ballenberg, il était une fois la Suisse. Plus de 100 maisons originales, vieilles de plusieurs siècles, provenant de toutes les régions du pays, deux cent cinquante animaux de ferme de races indigènes, des jardins et des champs entretenus comme autrefois, des démonstrations d’artisanat traditionnel et de nombreuses manifestations thématiques vous permettront de revivre le passé «comme si vous y étiez»!

Page d'accueil “Bienvenue” du site
www.ballenberg.ch Musée suisse de l'habitat rural


La saison touristique prend fin dans quelques jours au domaine de Ballenberg. Les portes des maisons, des étables et des ateliers  resteront closes durant tout l’hiver. Avec leurs volets fermés et leurs cheminées glacées, les belles demeures retrouveront le silence éternel d’autrefois.
Le Passé tire sa révérence durant cinq mois.



Cette année encore, j’ai succombé à la tentation de visiter ces lieux désuets. Leur rusticité ainsi que leur charme me permet d’effectuer un travail de mémoire. Même si je n’ai pas connu les conditions de vie décrites dans ces différentes demeures, j’ai eu l’occasion d’écouter les récits des anciens : grands-parents, oncles et tantes ont su nous raconter les gestes et les objets qui ont habité leur quotidien.



Rustique, disais-je. Lorsque je revois la citerne devant la maison jurassienne, à côté de son jardin potager, je réalise une fois de plus que la notion de Temps a changé. Quelle différence entre le simple geste d’ouvrir le robinet de la cuisine et toutes les activités pour prélever l’eau de la citerne: prendre une jarre, se rendre au puits, faire coulisser la chaîne, remonter le seau plein...



Charmant, disais-je. Tout ce qui est ancien, souvent obsolète, comme le jeu de plots aux faces recouvertes d’images ou la dînette en fer, tout ce qui appartient au temps du musée a du charme car les objets devenus ici inutiles sont restés beaux. Je m’interdis de comparer ces meubles ou ces ustensiles  anciens à ce qui fait l’efficacité de ma cuisine moderne, sinon le charme se rompt : les vieux objets révèlent leurs défauts au lieu de conserver leur valeur d’œuvre d’art ... d’une époque lointaine.



La déambulation dans les couloirs, les chambres et les caves se fait sans crainte : ni seuil fendu ni escalier tronqué. Le travail de reconstitution  a été réalisé avec soin et précision. D’ailleurs, je n’ai ressenti aucune présence de fantômes ou d’hôtes revenants. Les maisons, provenant des quatre coins du pays, ont été démontées poutre après poutre. Les pierres des murs descellées et numérotées ont probablement découragé les esprits à accompagner la demeure sur un autre sol !



D’ici peu de temps, la neige recouvrira les toits, mais les cheminées ne fumeront pas : c’est le sort de tout habitat appartenant à un musée, à un passé définitif.







Ballenberg, Musée suisse de l’habitat rural
Clôture 31 octobre 2010
Ouverture 15 avril 2011

lundi 4 octobre 2010

Vendémiaire rouge






Dernière image d’une parcelle d’été
Sur le sable encore chaud
les uns achèvent leur château

Tandis que les flamants passent et repassent
Roses et blancs dans l’eau frissonnante




Est-ce de la feuille ou de la graine
que jaillit son plus grand orgueil ?

A l’aube de la saison embrumée
l'inconnue achève sa course au soleil




dimanche 18 octobre 2009

J’vous dirai tout, tout, tout sur la castagne !



J’ai passé une semaine merveilleuse au Tessin, sous le soleil, dans le froid matinal aussi. Mes semelles ont roulé sur les tapis de bogues de châtaignes. Et là-bas, je me suis dit : «Si je leur parlais du roi des féculents d’automne ?»

Je me suis rappelé d’une expression que j’utilisais enfant. Même fille, il ne fallait pas que les compagnons de classe me cherchent noise. Je n’étais pas belliqueuse, mais je n’appréciais pas les provocations ou les moqueries qui avaient tendance à s’éterniser dans les vestiaires ou dans la cour. Pour montrer que j’étais prête à tout pour faire cesser les coups bas, il m’arrivait de menacer ceux et celles qui ne comprenaient pas le langage non-verbal en leur déclarant «Tu veux une châtaigne ??». Je sous-entendais, comme tout le monde le sait, que j’étais prête à leur balancer mon poing n’importe où. L’image de la bogue de châtaigne avec ses piquants devait en principe calmer les plus provocateurs. Eh oui, l’agressivité chez les filles n’est pas une forme de modernité dans la société actuelle, elle existait déjà il y a .... fort longtemps, toutefois l’usage des couteaux (ou cutters) n’était pas dans nos coutumes.

Il arrive que des bandes d’adolescents se rencontrent pour une “castagne” ou une “baston”. Le lieu et la date de la rencontre demeurent le plus souvent un véritable secret que les adultes ne parviennent pas toujours à décoder. Les règlements de compte s’effectuent en groupe pour défendre l’honneur d’une communauté culturelle ou d’un établissement scolaire.
Cette activité sociale, là aussi, n’est pas nouvelle. Je me souviens d’un film que j’avais vu à la Cinémathèque et qui m’avait laissé un grand souvenir : La Guerre des Boutons. La castagne réunissait deux bandes de garçons de deux villages et se terminait par la perte des boutons de culotte, extrême déshonneur pour celui qui en était la victime.

Le nom de la châtaigne réserve ici quelques surprises négatives. Il en est de même pour le marron !

Or, au cours des articles prochains, je tâcherai de mettre en valeur toutes les qualités que ce fruit de saison nous apporte. A s’en lécher les babines !


Autres expressions :
Tirer les châtaignes du feu (avec la patte du chat) ou
Tirer les marrons du feu =
1. se donner du mal pour le profit d’autrui
2. faire faire par un autre quelque chose de périlleux

Faire quelqu’un marron = le tromper

(A suivre)

lundi 21 septembre 2009

Petit florilège de dictons météorologiques pour passer en automne





Bel automne vient plus souvent
Que beau printemps.


Automne en fleurs,
Hiver plein de rigueurs.


Brouillard d’automne
Beau temps nous donne.


Après le pain, le vin :
Août mûrit, septembre vendange,
En ces deux mois tout bien s’arrange.


À la Sainte-Justine,
Toute fleur s’incline.
(26 septembre)


À la Saint-Jérôme,
Hoche tes pommes.
(30 septembre)


À la Sainte-Simone.
Il faut rentrer ses pommes.
(28 octobre)


Quand la poire passe la pomme,
Garde ton vin jusqu’à l’automne.


Vent d’octobre est la mort des feuilles.