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mercredi 16 juin 2010

Conte de Louché


Il avait couru tout le jour et toute la nuit encore.
Traversant les névés suspendus au pied des falaises,
il avait failli se perdre dans les pierriers des Aiguilles Rouges.

La Bête le pourchassait depuis bientôt sept lunaisons.

Cette nuit-là sans lune, il sentit sur sa nuque
le souffle immonde de l’enfer  : brûlant et suintant.
Il comprit que sa dernière heure était arrivée.
Alors, dans un ultime sursaut, il dévala  en trébuchant
les pâturages désertés par les reines de la vallée.

Goûtant encore une fois l’eau glacée du petit lac,
il retrouva enfin un peu de courage au fond de son âme.

Mais le grand Eclair blanc des hauts des Veisivi jaillit.

Il vit la Lumière le parcourir de la tête aux pieds
et des pieds à la tête, deux fois, trois fois.
Alors, dans un hurlement de tonnerre,
il se jeta dans les bras du grand mélèze vert
et, comme un enfant, se figea sur son sein...



... l’Homme Sauvage de Louché.



- Si vous passez sur son sentier, ne manquez pas de lui faire un sourire :
il vous offrira en échange la vision d’un étrange parterre de taches jaunes et bleues.


vendredi 9 avril 2010

Siffler sur la colline...

... mais pas vu de vipère aspic, ni de couleuvre coronelle, ni de lézard des souches. Trop tôt, l’air était frais, le vent soufflait fort au-dessus des clairières de Ferreyres.
Je suppose également que nos pas bruyants ont dû apeurer les reptiles qui effectuaient leurs premières sorties printanières.




Chaque année, au début d’avril, nous venons dans cet autre lieu enchanteur pour rendre hommage aux premières fleurs de ces pelouses situées à 600 mètres d’altitude au pied du Jura : les anémones pulsatilles. Le temps de leur beauté éclatante est éphémère. Aussi nous nous y prenons souvent à deux fois avant de pouvoir les admirer dans toute leur splendeur.




Les clairières à anémones et à ophrys de Ferreyres sont depuis 2003 sous surveillance. En effet, laissées en friche, elles seraient envahies par les buis qui favoriseraient l’implantation de la forêt. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’est au bon soin de chèvres bottées que ces clairières sont confiées. En effet, il s’est avéré que les caprins ne nuisent pas aux anémones, ni aux ophrys.
Un grand espoir habite les amoureux de ce coin de paradis : que le débroussaillage des clairières, avec le retour des insectes nocturnes, favorise l'arrivée de l’engoulevent d’Europe qui a abandonné cet habitat depuis 1970 !


Sources : Revue n°197 avril et mai 2010  La Salamandre