mardi 3 novembre 2009

Châtaignes ou pas, revenons à nos expressions !

Chers lecteurs, vous avez sans doute remarqué que j’avais semé dans l’article précédent, ici et là, une expression qui a trait à la tolérance. Elle nous rappelle que la nature —la pensée humaine en est une— est composée de teintes, de parfums si divers que nous avons parfois peine à nous comprendre, à nous mettre en accord sur un objet. Cette expression m’habite depuis mon enfance, depuis l’âge de raison, grâce à la relation privilégiée que j’ai partagée avec un de mes grands-pères.





J’ai aimé mes deux grands-pères. Plus que mes grands-mères. Je peux l’affirmer maintenant alors qu’ils ont quitté le monde des vivants depuis longtemps. Avec le temps, il me reste les bons moments passés en leur compagnie, des instants parfois volés.

Mon grand-père maternel était un curieux insatiable de connaissances scientifiques. Il n’avait pas fait d’études, il était un ouvrier qualifié en métallurgie. Il achetait régulièrement le magazine “Sciences et Vie” et lorsque nous allions rendre visite à nos grands-parents, à l’heure de l’apéritif, il nous interpellait sur un sujet d’actualité concernant le plus souvent l’évolution de la technologie. Nous les petits-enfants, jeunes étudiants, nous étions ses interlocuteurs du dimanche. Il nous demandait notre avis sur un thème ou un article qu’il venait de parcourir dans son journal. Assis sur le canapé à côté de lui, nous échangions longuement, en aparté, alors que nos parents, oncles et tantes, installés autour de la table à manger, trinquaient bruyamment.
Nos discussions avec notre grand-père étaient aussi animées. Il semblait plus progressiste ou visionnaire que nous : il prédisait des bouleversements politiques ou sociaux inhérents au progrès technologique. Il n’avait pas le regard tourné vers le passé. Alors qu’il avait été victime de la grippe espagnole durant la première guerre mondiale et qu’il souffrait d’une maladie rare qui altérait ses fonctions musculaires, il conservait un esprit ouvert et positif. Parfois, nos points de vue divergeaient, mais sa façon de nous écouter inspirait confiance et respect. Nous arrivions chez lui avec nos soucis, nos “grognes” d’adolescents ou de jeunes adultes, et nous savions que nous repartirions libérés et plus forts en espérance.
Ces moments d’échanges étaient toutefois trop courts. Après le repas, très fatigué, il avait besoin de repos. Alors, au moment où notre grand-mère nous annonçait que le repas allait être servi, grand-père mettait fin à la discussion (qui n’avait abouti à aucune conclusion) en déclarant avec un sourire amusé :
«Eh oui, des goûts et des couleurs !»

11 commentaires:

Foise a dit…

Un grand-père... Oh, oui, ce doit être bien d'en avoir un...
Aucun pour moi, deux pour toi... C'est vraiment trop injuste !
signé Calimero

Cathy B. a dit…

Quelque part, ton billet fait écho à mon émotion de ce matin, en apprenant la disparition de Lévy-Strauss...
Les goûts et les couleurs sont le sel de toute discussion haute en couleurs. Et comme Foise ou presque, un seul grand-père, mais très taciturne et parti trop tôt... C'est vraiment trop injuste !
signé Calimero bis

Chris a dit…

C'est en tous cas un très bel hommage que tu lui rends Monic!

lejardindelucie a dit…

Nous avons tous un membre de la famille qui a eu une influence forte sur notre formation , notre personnalité!
Mon père utilisait beaucoup cette expression très utile, dans un contexte bien plus terre à terre!
Elle lui permettait de manifester des goûts culinaires différents de ceux de ma mère !Cela m'a permis aussi d'échapper à certains plats traditionnels !

Christineeeee a dit…

...
Ton grand-père... et ses Sciences et vie !
Mon grand-père... et ses Sciences et vie !

Mais c'est lorsque l'on se plonge dans les anciens numéros de ces journaux que l'on se rend compte combien tout change très vite au niveau de la recherche !

En matière de goûts et de couleurs... A chacun les siens, et partage pour tous !

Biseeeeeeeeeees de Christineeeeee

Laubaine a dit…

les gouts et les couleur sont ce qui font tout les debats et memes si les couleurs des uns ne se marient pas avec les gouts des autres ,que les couleurs des uns ne sont pas trop sombres et les gouts des autres pas trop acides ont ressort tous de ces discussion grandi par les idées des autres , ne serais ce que par la decouverte des gouts et des couleurs qui ne sont pas les notres ...
eteignent radicalement la lumiere sur les couleurs des autres , assaisonnent un peu trop pour que le gout se modifie c'est par l'echanges de ces saveurs et de ces visions que l'on peu avancer..
Ton grand pere t'a appris une grande chose savoir dialoguer sans ordonner de conclusion te laissant decider de savoir qui avait ou pas raison , te laissant
reflechir a toutes les discussion par ce que justement a aucun moment par une certitude elles ont été fermées ...
BON WEEK END

Josée alias amelanche 1 a dit…

Bonjour Monic, je ne connaissais pas cette expression, même si pour moi elle évoque le lien qui nous unis tous chacun de nous et le respect que l'on doit manifesté envers autrui.

J'ai eu la chance de partagé des moments extraordinaire (pendant 23 ans) avec mon arrière grand-mère, qui était tout pour moi. Comme ton grand-père, elle avait trop vécu pour se limiter au passer. Elle avait une vision d'avenir sur tout ce qui se passait au présent, elle était une combattante...c'était mon idole. Aujourd'hui, je me sens privilégié, tout comme toi, d'avoir eu la chance de connaître une personne comme elle.

Merci de nous avoir partagé ce beau moment.
Passe un beau week-end.

Josée
Bisous

nadège a dit…

joli témoignage et émouvant, il est vrai qu'avec ses grands-parents nous n'avions pas la rivalité que l'on peut avoir avec ses parents, peut-être plus de respect envers eux qu'envers les parents...(attention sans manquer de respect aux parents !)ou tout simplement plus de patience envers leurs petits enfants...

monic a dit…

Foise, Cathy, Chris, Lucie,Christine,Laubaine, Josée et Nadège,

Sachez combien vos commentaires m'ont touchée.
A de si beaux retours, je reste sans voix.
Ici, le silence après les mots parle davantage que de longs discours.
Je me tais et je vous remercie sincèrement d'avoir ouvert ma porte.

Foise a dit…

Je suis repassée lire la suite des commentaires... Tu as le don de faire remonter les souvenirs... de nous plonger dans des abîmes de réflexion. Et voilà que devant le film de Clint Eastwood, Million dollar baby... je me suis livrée à une introspection sur mon degré de tolérance... Comment appeler cette incapacité que j'ai non pas à accepter, mais à comprendre que deux personnes s'envoient leurs poings sur la figure ? Deux femmes de surcroit... J'ai éteint la télé, mais la machine à penser était lancée... toutes sortes de blocages ont fait surface, la chasse entre autre... Les compétitions... il faudrait débattre, développer... (devant une tasse de thé, tiens justement c'est l'heure) est-on encore dans le domaine des goûts et des couleurs ?...
Serais-je guettée par une psycho rigidité naissante... Pourtant à 63 ans très bientôt l'éthique qui conduit mes choix est encore évolutive... en dehors de ces fameux blocages...
Je vais m'en tenir là pour ce soir et poursuivrai le débat avec mes petits enfants...

Zipanu a dit…

Ton grand-père était vraiment quelqu'un. L'ouverture d'esprit n'est pas si commune qu'on le pense.