jeudi 17 septembre 2009

P comme ... tomber dans les POMMES!








Pourquoi cette expression ?

Le sens de cette expression n’est plus à expliquer : tout le monde sait qu’elle indique un collapsus aboutissant à une perte de connaissance, à un évanouissement.
Encore faut-il distinguer la différence entre «Tomber dans les pommes» et «Tomber en pâmoison». La seconde expression (peu usitée actuellement) indique une situation qui résulterait d’une forte émotion alors qu’un dysfonctionnement physiologique est à l’origine de l’évanouissement dans le cas de figure de la première expression.

D’où vient cette expression ?
Le sens de la formule ne prêtant plus à confusion, il est temps de s’attarder sur son historicité. En effet, dans le cercle des chercheurs en littérature française, deux courants d’interprétation s’affrontent.
D’une part, certains spécialistes en la question estiment que George Sand serait à l’origine de l’expression. Dans une de ses lettres (à Madame Dupin), l’écrivaine aurait écrit «être dans les pommes cuites» pour exprimer sa fatigue. Actuellement, on dit d’un petit enfant qui tombe de fatigue qu’il “est cuit”.
D’autres chercheurs, entre autres Claude Duneton (in La puce à l’oreille), avancent l’hypothèse que les prémices de «tomber dans les pommes» sont déjà observables dans la littérature française médiévale.

Mon choix d’interprétation
Je reconnais ici que mon intérêt de connaissance (très subjectif) se tourne du côté de la deuxième théorie. D’une part, je suis une lectrice passionnée par les textes de Duneton : il sait prendre des précautions lorsqu’il avance une idée et, en utilisant le conditionnel dans son discours, il ne ferme pas les diverses possibilités de compréhension d’un phénomène ce qui est tout de même la voie d’une recherche dite scientifique.
D’autre part, je doute fort qu’une expression telle que celle-ci —dont la forme est saugrenue par rapport à son sens— naisse ainsi au milieu du XIXe siècle, sans référence à une éventualité plus ancienne. De plus, l’idée de “tomber dans les pommes” n’implique pas que celles-ci soient forcément “cuites”. George Sand n’aurait-elle pas réactualisé une expression qui était tombée en désuétude ?

L’origine possible de l’expression «tomber dans les pommes»
(selon Claude Duneton)
Il faut emprunter la machine à remonter le temps jusqu’au XIIe siècle. En littérature médiévale, c’est le temps des récits courtois, du roman de Tristan et Iseut, des légendes arthuriennes. Les grands écrivains de l’époque sont Thomas d’Angleterre, Chrétien de Troyes, et...

Marie de France
«notre première femme poète» (dixit Lagarde & Michard), vers 1160. Elle était cultivée, connaissait le latin et l’anglais, vivait à la cour d’Angleterre sous Henri II et Aliénor d’Aquitaine. Elle a écrit des “lais”, poèmes reprenant des légendes du pays breton.

C’est dans un de ces poèmes que Claude Duneton a mis le doigt sur une des sources possibles de notre expression.

Marie de France, dans Les Deux Amants, fait le récit d’un drame d’amour.
Un jeune garçon meurt d’épuisement d’avoir porté son amante au sommet d’une colline. La jeune fiancée succombe elle aussi à la vue de son amant mort. Le père de la fiancée, qui était roi, ne les voyant pas revenir, part à leur recherche. Lorsqu’il les retrouve,

«Li reis chiet a tere paumez»


Paumez est une ancienne forme de pasmé (pâmé, évanoui), la paumeison étant le mot ancien de pâmoison.
Claude Duneton met en relation le fait que le texte original de Marie de France est en anglo-normand et les constats qu’il a pu effectuer lors d’une étude entreprise en Normandie actuelle dans un contexte rural. A savoir que le dialecte normand utilise toujours le mot «paumé» pour «pâmé». De là, l’expression

tomber dans les pommes
dérivé de
tomber dans les paumes

CQFD


(A SUIVRE, encore)

14 commentaires:

nadège a dit…

il s'agit de ne pas se paumer dans toutes ces expressions...de bien bonnes recherches, on attend la suite avec impatience...

Chris a dit…

Salut Monic,
Je crois que Nadége a bien raison, c'est une histoire de pomme après tout, cela ne doit pas être si compliqué. Heureusement que Eve a cueilli la pomme et ne l'a pas récupérée en vol... Encore un tit jeu de mot avec Pomme, pourquoi pomme d'Adam et pas d'Eve??? :-)

monic a dit…

@ Nadège
Merci, je vois que tu suis bien le fil de ma pensée. Tu serais quand même surprise d'apprendre que «se paumer» ou «être paumé» n'a pas le même sens que «tomber dans les pommes». Ce sera pour la suite...

@ Chris
Ben, ... la pomme d'Adam?
C'est celle qui lui est restée en travers de la gorge quand il a voulu la croquer et qu'il a été chassé du paradis; ça lui a fait une bosse.
(interprétation libre et non vérifiée)

monic a dit…

@ Chris
... je n'avais pas bien lu ta question.
Eve n'a PAS croqué la pomme, elle l'a simplement offerte à Adam.
(interprétation libre ...etc)

Laubaine a dit…

Le ver est dans la pomme , tant d'explications a la même expression ,
j'imaginais une autre explication plus terre a terre , qui serait lors d'abus de calva ou de cidre une chute en résultant ... mais voila cela serait bien moins agréable a lire que toute ces hypothèses que tu nous soumet si bien
bon week end monic ...

Christineeeee a dit…

Ainsi va la vie des pommes
Lorsque l’on tombe dedans
C’est un évanouissement,
Mais lorsque c’est la pomme
Qui vous tombe sur la tête,
Et surtout quand c’est Newton
Qui la prend sur sa pomme,
Vous obtenez la recette
De la gravitation universelle
Et là,
On peut dire
Merci à la pomme
D’être tombée sur cette tête là !

http://etab.ac-poitiers.fr/coll-ta-thouars/IMG/bmp/newton_3_photos.bmp

Biseeeeeeeeeeeeees de Christineeeeeeeee

Cathy B. a dit…

Encore de quoi rassasier ma curiosité! Et je suis tentée de te suivre dans ton choix d'interprétation: de nombreux mots ou expressions sont issus de contractions sémantiques et phonétiques, et si "tomber dans les paumes" est devenu "tomber dans les pommes", c'est peut-être parce que l'image suggérée par Laubaine surgit d'elle-même... surtout chez les normands.

monic a dit…

@ Laubaine et Cathy
Je vois que Duneton vous a convaincus. Ce qui est étonnant, c'est que cette expression, qui aurait des inférences sérieuses avec l'usage du cidre ou du calvados,a tout de même fait le tour de la francophonie, là où le houblon ou la poire William laissent de jolis restes au seuil des caves.

monic a dit…

@ Christine
La pomme de Newton, ce n'est pas une légende? On dit tant de choses...

Chris a dit…

@ Monic: Tout est une affaire de pomme donc. Pauvre Adam, il aurait pu éviter de nous faire hériter de sa pomme de travers ;-) Je comprends mieux les différences de comportement Mr-Mdme maintenant ;-)

monic a dit…

@ Chris
Pour les différences dont tu parles, je viens de finir un livre très intéressant: La Femme solaire, de Paule Salomon.
T'inquiète pas, elle traite aussi de l'homme solaire et du couple solaire.

Foise a dit…

Ton érudition ainsi que celle de tes visiteurs m'intimide... Je retourne dans mes végétaux... J'ai encore plusieurs campanules à te montrer... il faut que je prépare mes images...

monic a dit…

@ Foise,
Mon érudition, comme tu dis, n'arrive pas à la cheville de tes connaissances en botanique (que j'envie à chacun de tes articles).

Foise a dit…

Bonjour Monique,

J'ai été fort surprise ce matin lorsque tapant : Petrocalle des Pyrénées Google m'a proposé d'aller sur cette page. Bon, pas au point de tomber dans les pommes... Il envoie également chez Cathy, toujours sur ce mot... Cette plante publiée le 10 sur le Blog végétal ne figure pourtant ni chez l'une ni chez l'autre.
Aurais-tu une explication sur cet étrange référencement.