lundi 4 mai 2009

L comme langue






















«Tu donnes ta langue au chat ?»

Donner sa langue au chat, c’est reconnaître publiquement que la question est trop difficile et que, de ce fait, on renonce à la recherche de la solution : le questionneur doit nous donner immédiatement la réponse à la devinette.

Voici une des expressions populaires les plus connues ! Tous les enfants l’utilisent. Ceux de langue étrangère l’apprennent très rapidement au gré de leurs interactions avec les francophones. Lors d’un jeu de devinettes, alors que la réponse n’aboutit pas, il y a toujours quelqu’un pour s’écrier, avec le plaisir de relever le déficit de connaissances des autres : « Vous donnez votre langue au chat ?»
Parce qu’elle concerne en premier lieu le monde de l’enfance, cette petite phrase fait sourire les adultes. Touchante naïveté chez les petits ou rituel implicite transmis par les plus expérimentés, la «langue au chat» reflète une part d’innocence que nous, enfants devenus trop grands, avons perdue.
Entre adultes, cette expression semble incongrue comme si on était “retombé en enfance”, alors que nous nous prêtons naturellement à ce jeu lorsqu’un enfant nous y entraîne.

Or, donner sa langue au chat n’était pas, dans «le brouillard des temps» (selon la formule de Duneton), un geste aussi puéril, innocent ou inconséquent qu’il ne paraît aujourd’hui. D’abord, on ne la donnait pas au chat mais au chien. Ensuite, elle faisait partie de la panoplie des supplices connus tels que : couper les mains, le nez, l’oreille, la langue, châtiments réservés aux voleurs ou aux prisonniers de guerre. Cet acte de barbarie n’est plus toléré dans les pays ou les sociétés respectueux des droits humains.
Aujourd’hui, cette expression relève aussi du domaine psychanalytique car «donner sa langue à manger aux chiens, ou aux chats, c’est, par une automutilation symbolique, devenir irrémédiablement muet, et donc le plus sûr moyen de ne jamais pouvoir répondre à la question posée.» (Claude Duneton)

Malgré tout, je continuerai à jouer aux devinettes, et à donner ma langue au chat, pour la satisfaction personnelle de l’enfant qui peut démontrer, pour une fois, qu’il en sait plus que moi.

5 commentaires:

Foise a dit…

Et si je te demande quel est l'intrus qui voulait se mèler à la noce de mon message ?
Tu vas donner ta langue au chat ?

Haude non plus n'a pas trouvé mais elle m'a dit que j'avais du pain sur la planche... à poursuivre mes insectes...

Je vais aller voir des fleurs rares prochainement mais Chut ! Il ne faut pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué !

Bon, j'arrête là ou je continue... des fois que tu manquerais d'idée... Pour la photo de l'Ours ne compte pas sur moi !!! (lol)

Blague à part, j'ai lu attentivement ton article un peu, beaucoup sanglant, mais instructif.

Cathy B. a dit…

Encore un bel article qui bouscule les idées reçues!... La langue au chat, le petit bout de la langue rose du chat, des images gentillettes et une expression qui évoque effectivement la poésie surréaliste propre à l'enfance. Comme dans les contes populaires en "VO", on découvre que la violence et la cruauté sont à l'origine de bien des histoires et expressions qui ont traversé les siècles.
Passionnant! Merci et bonne soirée

Chris a dit…

Monic, Ton blog est une vrai merveille. J'oublie trop souvent de venir!!! Une beauté pure, un style riche et enchanteur... Du texte, du vrai, tout ce ci pour le plaisir de nos méninges et de la langue francaise. Merci!!!

amelanche1 a dit…

Bon mardi Monic, tout comme toi l'innocence de cette expression me convient mieux que l'antique explication.
Mais je suis toujours heureuse d'améliorer mes connaissances en ta présence.

Passe une belle journée.
Josée

lejardindelucie a dit…

Je suis restée une grande enfant et je préfère ne retenir de l'expression que son aspect...enfantin!
Mais on ne peut ignorer que sous des aspects ludiques ou enfantins , les expressions qui nous viennent de si loin qu'on en a perdu le sens premier, révèlent la cruauté ou la dureté des relations humaines.
Merci pour cette recherche de sens !