jeudi 16 septembre 2010

Contes islandais (4 et fin)


Barges à queue noire


Le territoire islandais offre à l’ornithologue l’occasion d’approcher un grand nombre d’oiseaux : les espèces marines, les échassiers, les canards, les rapaces, les passereaux, la plupart migrateurs, occupent l’espace au moment de la nidification et de l’élevage des jeunes.
En trois semaines, nous avons pu photographier et/ou observer au moins 40 espèces, sans compter les individus non identifiés avec certitude:
le pétrel fulmar, le cormoran huppé, le grand cormoran, le macareux moine, le guillemot à miroir ;
le huîtrier-pie, le grand gravelot, le pluvier doré, le bécasseau variable, le bécasseau violet, le tournepierre, la bécassine des marais, le courlis corlieu, la barge à queue noire, le chevalier gambette, le phalarope à bec étroit, ;
la mouette rieuse, le goéland marin, le grand labbe, le labbe parasite, la sterne arctique, un labbe pomarin;
le cygne chanteur, l’oie cendrée, le colvert, le fuligule morillon, le garrot arlequin, le garrot d’Islande, l’eider, le harle huppé, le plongeon imbrin ;
le faucon émerillon ;
le pipit farlouse, la bergeronnette grise, le troglodyte mignon, le traquet motteux, la grive mauvis, le grand corbeau, l’étourneau sansonnet, le bruant des neiges.


Jeune pluvier doré


Grive mauvis



Histoire

Pourquoi la perdrix des neiges, appelée plus exactement lagopède alpin (Lagopus mutus), devient-elle blanche en hiver ?
Pourquoi le faucon pleure-t-il en hiver ?
Cette légende islandaise vous l’expliquera, mais vous êtes libres d’y croire ou non...

Marie, mère de Jésus, avait un immense pouvoir sur certains habitants du ciel, non pas seulement sur les anges, mais aussi sur les oiseaux.
Un jour, elle appela auprès d’elle tous les oiseaux de l’univers, sans exception. Ayant préparé un brasier, elle leur ordonna de le traverser les uns après les  autres. Les oiseaux, qui avaient un grand respect pour la reine des cieux, lui obéirent et passèrent l’épreuve du feu sans toutefois manquer de se plaindre silencieusement. Aussi le plumage de leurs pattes fut-il brûlé et gravement dégarni, ce qui explique pourquoi, de nos jours, les pattes des oiseaux sont nues.
Seule la perdrix des neiges —le lagopède alpin — refusa d’exécuter l’ordre de Marie.


Or, Marie, mère de Jésus, fut très fâchée de la désobéissance de la perdrix des neiges. Elle décida que le lagopède serait désormais l’oiseau le plus doux de tous, mais qu’il serait aussi le plus agressé par les autres, en particulier par le faucon qui, depuis fort longtemps, était devenu son frère.
Pour alléger sa peine, Marie lui accorda la faveur de pouvoir changer la couleur de son manteau de plumes à chaque saison. Ainsi, de gris brun en été, elle devint blanche en hiver.
Dès lors, et malgré le déguisement de la perdrix, le faucon se met à l’attaquer, à la dévorer à chaque fois que la faim le tenaille. Or, ce n’est qu’en parvenant à son cœur qu’il reconnaît enfin sa sœur la perdrix et qu’il sombre dans un profond désespoir. 



Sources :
Les quatre contes islandais que j’ai postés depuis le 25 août sont tirés du livre suivant :

Contes populaires d’Islande, traduction de Régis Boyer, Editions Forlagid Reykjavik, 2010

J’ai librement retranscrit les textes de l’ouvrage, le copyright mentionné au bas de la quatrième page ne m’autorisant pas à les copier tels quels,  «sans autorisation écrite de l’éditeur ou des auteurs».

Il s’agit des chapitres suivants :
La Rivière Öxara (p. 96)
Trunt, Trunt et les Trolls de la Montagne (p. 38)
La Sorcière de Saxe (p. 60)
La Perdrix des Neiges (p. 86)

10 commentaires:

Zipanu a dit…

Hello,

Quelle explication, cela fait froid dans le dos.
Tout ces contes sont très intéressants et c'est super sympa de nous en faire profiter.

Bonne journée !

laubaine a dit…

belle explication , entre toi et chris on va tout savoir sur l'island ,
et a chaque fois que l'on vous lis on s'approche un peu plus de cette terre promise ...

Plantine a dit…

Et moi qui me demandait effectivement pourquoi les oiseaux n'avaient pas de plumes sur les pattes. J'en avais déduit que c'était pour ne pas les abîmer.
J'étais loin de me douter que Marie était passée par là ! On lui prête un esprit un peu tordu, non ?
Pauvre Lagopède, pauvre Faucon !
En tout cas ces 4 contes islandais étaient très divertissants et tes photos splendide.
Quel beau voyage tu as fait là !
Merci pour le partage.

monic a dit…

@ Zipanu
J'ai du relire plusieurs fois ce conte et je pense qu'il y a toute une symbolique derrière ce récit que je n'ai pas encore perçue: il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre.

@ Laubaine,
Découvrir une région par documentaire interposé est instructif, mais vivre la découverte pleinement avec ses sens, c'est autre chose. J'ai suivi beaucoup de conférences dias/films sur l'Islande, la rencontre réelle fut très différente de mes représentations.
Je te le répète: il faut y aller!

@ Plantine,
Comme je l'ai dit dans la réponse à Zipanu, il est nécessaire de rechercher les symboles. Pourquoi les conteurs ont-ils choisi Marie? Cela m'avait choquée de la part de Marie, je ne pensais pas que cette figure était capable de ce genre d'exigences. Alors que symbolise Marie? Quels symboles autour des oiseaux, de la perdrix, du faucon??

Merci pour votre intérêt!

Cathy B a dit…

Bonjour Monic,
Encore une belle (?) et rude histoire. Sa cruauté me rappelle les versions médiévales de nos contes pour enfants (Cendrillon...), où les punitions sont décrites comme de véritables scènes de torture, à ne pas raconter aux plus jeunes. Sans doute est-elle la version christianisée d'une légende pré-chrétienne?
Bon week-end

monic a dit…

@ Cathy
Il y a matière à discuter sur les contes et leur adéquation pour un public (très) jeune. On oublie souvent que cette littérature orale était destinée à toute une proportion de population illettrée (au Moyen Age). Les contes étaient ainsi destinés aux adultes. La modernité aidant, et Disney(!), on a dévié l'intention éducative envers les plus petits: qui n'a pas raconté la dernière histoire, édifiante mais élaguée de ses atrocités, juste avant l'endormissement de l'enfant?

Merci de t'être arrêtée ici un moment.

Josée a dit…

Bonjour Monic, j'ai lu avec enthousiasme tout les contes.
Lorsque mes enfants étaient jeunes, nous avions une série de livres contes et légendes du monde entier et c'était toujours un plaisir que de découvrir ces pays sous forme d'histoire.
Tu me rappelle des souvenirs et tu me fait découvrir de nouveaux contes, merci.

Passe une belle journée.
Josée xx

Zipanu a dit…

On a bien des mythes paiens avec des oiseaux, mais quand ils sont blancs ils sont de "bon augure".
Ici on reproche la couleur blanche c'est marrant on peut y voir une inversion culturelle, le noir qui est une couleur un peu maudite sur les animaux (chat noir, corbeau, etc.) est ici le blanc.
Le blanc perçu par ceux qui savent qu'une contrée blanche et glacée est synonyme de mort.
Alors que dans un climat plus tempéré le blanc est la couleur mythique, sacrée, vache, loup, etc.

monic a dit…

@ Josée
Comme toi, j'ai passé des soirées à lire soit des contes soit des petites histoires à mes enfants, à raconter aussi. Maintenant qu'ils sont grands, je me les raconte à moi-même...
Heureuse de te retrouver ici!

@ Zipanu
Je trouve ta représentation "couleur/climat” très intéressante.
Ce conte me perturbe beaucoup car je ne vois pas l'intérêt d'octroyer le blanc à la perdrix si de toutes façons elle ne peut échapper au faucon.Et le faucon qui doit aller jusqu'au coeur de sa soeur pour la reconnaître... brrr!
Merci pour tes points de vue toujours enrichissants.

lejardindelucie a dit…

Je lis toujours avec grand plaisir tes articles! Je reçois les contes comme les enfants, au premier degré et ensuite seulement je redeviens adulte pour en chercher un sens! Mais le propre de ces légendes est de se prêter à plusieurs niveaux d'interprétation .
Les commentaire très riches aident à poursuivre la réflexion!
Je suis vraiment contente que tu aies vu tant d'oiseaux, c'est un vrai paradis pour les nicheurs!