vendredi 23 avril 2010

La chamade mon coeur bat



Je l’ai quitté hier soir à la fin de ma visite aux dames de notre espace vert. Il était encore une silhouette sombre et décharnée : ses deux bras, levés au ciel, semblaient des signes de louange en l’honneur du renouveau saisonnier.

Qu’avait-il encore à chanter ce soir-là ?

À ce jour vieil octogénaire — pour un arbre ce n’est pas un pléonasme —, il nous avait accueillis voilà bientôt quarante ans. Ses rameaux, chargés de fruits pendaient sous le nez des enfants. Le jus des cerises dégoulinait sur leur pull et attirait guêpes, mouches et abeilles. Sous les branchages de l’arbre grandiose, les gosses avaient accompli leur initiation aux piqûres d’insectes. C’était l’bon temps, diraient certains...

Je l’ai quitté hier soir un brin nostalgique : les garçons n’abîment plus les buissons de petits fruits de leur grand-mère en jouant au foot. Mais lui, le vieil arbre est toujours là. D’année en année, une de ses branches se dessèche. Si nous sortons l’échelle, ce n’est pas pour cueillir ses dernières cerises — nous les laissons aux étourneaux —, mais pour scier ses atours défraîchis qui pourraient soudainement nous blesser.

Qu’avait-il encore à chanter ce soir-là ?

Il m’avait bien semblé que l’ambiance au jardin était différente des autres soirées. Peut-être que des plates-bandes montait un murmure de satisfaction car j’avais bien travaillé depuis plus d’une semaine. Le merle, si loquace d’habitude, ne pipait mot. Les chats sédentaires avaient rejoint leurs pénates et leurs croquettes à défaut de mulots.

Lorsque je l’ai quitté, il était quasiment nu : avait-il cette année encore des bourgeons ? Je ne sais pas : avec mes jumelles, j’aurais pu les apercevoir là-haut, tout près des nuages.

Et ce matin... il éclatait une nouvelle fois de beauté. Tout de blanc vêtu, là-haut près du ciel bleu, il avait fait exploser sa ramure. Des touffes nacrées nous montraient que sa sève était vive et féconde. Mon cœur battait la chamade : l’émotion, devant cette force de la nature, était si intense que je m’assis dans l’herbe afin de le contempler. Malgré son âge, son énergie jaillissait au-dessus du petit forsythia qui venait de passer son premier hiver sous sa protection.

Je ne livrerai aucune image du vieux compagnon. J’ai déjà essayé de le photographier, mais l’environnement ne peut que le déshonorer, lui qui était le roi au milieu d’un verger. Pour le prendre en image, il faut se satisfaire de parasites tels que fils à haute tension, voitures parquées et toits de maisons. Il ne mérite pas cette juxtaposition. Que sa silhouette se reconstruise au gré de votre imagination.

Note explicative sur l’expression “battre la chamade”
Liée actuellement à l’émergence d’une émotion intense provoquant des palpitations, la chamade est un roulement de tambour militaire ou une sonnerie de trompette qui a pour fonction de demander une requête à l’adversaire (trêve, capitulation).

Je profite de ce deuxième sens pour m’excuser auprès de Savoyarde et de Vicky :
Je capitule après mes essais réitérés de poster un commentaire sur votre blog. Malgré les conseils de Savoyarde, je n’y arrive pas. Je continue à vous lire et à admirer vos belles images. Un jour peut-être... 

                       
                                                                Fête de la tulipe à Morges (Suisse)

16 commentaires:

Chris a dit…

Salut Monic,
Superbe message encore une fois et une très belle photo. J'adore tes explications de proverbes et d'expression!!! Alors tu as fini de faire tes valises... Prend beaucoup parce que tu risque de ne pas pouvoir repartir ;-)

Savoyarde a dit…

C'est un bien beau post que voici !! Et superbes les photos, quelle parterre de tulipes sur la dernière!
Merci de ton petit mot à la fin. C'est vraiment bizarre que tu n'arrives pas à envoyer de commentaires...Quoi qu'il en soit, je suis ravie que tu passes de temps en temps sur mon blog!
A bientôt

Cathy B a dit…

Bonsoir Monic,
J'irai demain raconter à mon vieux poirier tordu l'histoire de ton cerisier. Ils en auraient, tous les deux, des histoires à raconter. Comme toi, je ne peux pas le mettre en boîte, et à chaque tempête, mon coeur bat la chamade, espérant qu'une fois encore, il y survivra.
Très beau week-end sous un doux soleil de printemps.

Christineeeee a dit…

Bonjour monic :
Nous avons tous dans le coeur un arbre qui nous a fait rêver ! Moi aussi, je ressens encore une grande émotion en repensant au cerisier de mes grand parents... Enorme ! J'adorais y grimper pour manger à mon aise tout l'après-midi les cerises qu'il offrait chaque printemps ! Un délice !

J'ai aussi un cerisier dans mon jardin : il est maintenant aussi gros que celui de mes grand parents, mais ne donne pas des fruits régulièrement. Je crois que cette année, les cerises auront la queue courte !

Biseeeeeeeees de Christineeeeee

PS/ Si tu veux, tu peux m'envoyer un mail (voir mon profil) et je t'expliquerai en réponse une marche à suivre détaillée pour que tu puisses envoyer des coms à Savoyarde !

monic a dit…

@ Chris
L'expression est valable lorsqu'on aperçoit un oiseau que l'on attendait depuis longtemps, situation qui te concerne (je pense) souvent.
PS1... je n'ai pas vu de cerisier en Is, mais des bananeraies sous serre, oui.
PS Les valises ne sont pas prêtes, cependant je connais quelqu'un qui s'est acheté un super Reflex!

@ Savoyarde
Les massifs de tulipes sont en effet très beaux: il faut juste être patient, attendre que les visiteurs sortent du champ alors que j'ai mis au point mon cadrage.
PS Pour les com' je pense que quelqu'un va bientôt me donner un bon tuyau.

@ Cathy
Je vois que tu es aussi une amoureuse des arbres. Il y a toujours quelque part, un “majestueux” qui nous attend, où qu'on aille.Je me souviens d'un magnifique tilleul (maintenant disparu) sous lequel on s'arrêtait longtemps pour écouter le chant des abeilles.

@ Christine
Peu importe finalement qu'ils nous donnent chaque année des cerises:ils sont le refuge de nombreux insectes et les pics épeiches aiment s'y accrocher.

PS Merci pour ton aide: je vais de ce pas t'écrire.

Angèle Paoli a dit…

Morges ? Mais alors vous connaissez peut-être la poète Laurence Verrey ?

Pensées amicales

Angèle

Marithé a dit…

C'est une expression que j'utilise dans des cas émotionnels très forts sans toute fois savoir l'origine du mot chamade
C'est vrai que l'environnement des fils électriques, etc...peuvent ne pas rendre la beauté de paysages, d'arbres 'mais avec la description que tu en fais, l'imagination l'emporte.
Bises

Thérése a dit…

C'est un plaisir de lire vos commentaires accompagnés de chouettes photos ( comme vous je n'écris pas souvent un com... ). Merci et douce journée .

Zipanu a dit…

Pas facile pour ces vieux arbres de survivre, foudre, tempête, hommes...
Alors l'expression est méritée. :)

Bonne journée

Josée alias amelanche 1 a dit…

Bonjour Monic, que c'est beau ce texte, je suis sous le charme...ça me rend mélancolique mais en même temps heureuse de savoir que la mémoire des gens et leurs récits nous font toujours rêver.

Les photos de fleurs nous enchantent.

Je prends un instant pour te remercier de tes petits mots toujours si gentil et encourageant. Et cette semaine je vais publier quelques nouvelles de ma fin de semaine qui fût merveilleuse et enrichissante de belles rencontres.

Passe une belle journée.
Josée
Bisous

nadège a dit…

le meilleur façon de l'admirer serait encore de se coucher a ses pieds et regarder vers le ciel traversant ainsi ses branches fleuries. Comme quoi le temps passe et les choses restent (ce n'ai pas de moi lol). Cette fête de la tulipe doit être superbe...

monic a dit…

@ Angèle Paoli

Bonsoir Angèle,
Je suis un peu gênée de l'avouer: malgré la proximité géographique,non, je ne connaissais pas Laurence Verrey. Mais grâce à votre site, je découvre des plumes poétiques contemporaines et j'aurai ainsi plaisir à lire quelques textes de Laurence.

Merci de votre visite.

@ Marithé

Surprise que tu utilises cette expression car je la croyais surannée. Alors, bienvenue dans le groupe des romantiques de la toile!

@ Thérèse

Bonsoir Thérèse,
Merci de votre passage ici. Je pars en expédition découvrir vos messages. A bientôt.

@ Zipanu

Et malgré les grands froids de l'hiver,sa sève est remontée sauf dans une branche que nous devrons éliminer. Comme tu le dis, le vieil arbre a du mérite.

@ Josée

Tu as eu encore le temps de me visiter malgré toutes tes activités!
Concernant «la mémoire des gens et leurs récits», je te rappelle la pensée du jour du 16 avril:
«Apprends de ton passé et laisse-le à sa place, il te nourrit.»
Les fleurs aussi ont un passé, surtout celles à bulbes comme les tulipes.

@ Nadège
Ton idée est excellente, je vais la tenter demain (si le ciel est encore assez bleu).

nadège a dit…

j'attends les photos hein :)pas facile a mon avis avec le contre jour ...

lejardindelucie a dit…

Bravo pour ce beau texte en hommage au vieil arbre! Il me fait penser à ces personnes âgées que nous cotoyons quand, jeunes enfants, nous les écoutions raconter des histoires d'un autre temps! Ils étaient plein de sagesse et nous ouvraient les portes d'un monde qui paraissait inaccessible!
Devenus grands , nous avons sans doute la nostalgie de cette époque où la parole des anciens étaient d'or!

monic a dit…

@ Lucie
Merci pour ta sympathie.
Tes réflexions sur le vieil arbre et la personne âgée m'inspirent quelques sentiments.
J'aimerais encourager tout le monde à écouter cette parole d'or dont tu parles et qui habite encore beaucoup de personnes âgées. Car d'autres n'ont plus cette faculté: la démence sénile rend la parole (et la mémoire ancestrale) fracturée, liquéfiée et malheureusement handicapante.

'Tsuki a dit…

Agréable contraste les corolles alignées et les couleurs organisées par rapport à la touffeur de l'arbre... J'aime beaucoup ; ça donne envie de découvrir cette fête...