mercredi 30 décembre 2009

Bonne année et soyons «gais comme des pinsons»!

L’article de Lucie (pardon, de Miss Parus caeruleus) consacré au pinson des arbres m’a soufflé l’idée d’une expression utilisée dans tout le monde francophone. En effet, le chant du pinson, dès le mois de février, retentit dans nos jardins et dans les forêts. Il a ceci de particulier qu’il a une forme mélodique plaisante, dynamique et dominatrice qui ne peut nous laisser indifférents.

Pourquoi dit-on : «Je suis gai comme un pinson» ?

Je ne résiste pas au plaisir de citer un écrivain oiselier du XIX ème siècle, nommé Eugène Rambert (1830-1886), professeur de littérature aux universités de Lausanne et de Zurich.

«Voyez-vous cet oiseau dont la gorge rosée brille entre les bourgeons verts prêts à s’épanouir en corolles? C’est le pinson — notre pinson — fils du printemps, hôte assidu des cerisiers, des poiriers, des pommiers et de tous les arbres à fruits qui peuplent la prairie. Il n’est point muet sur son rameau. De moment en moment il jette dans l’air une roulade qui retentit. Sa chanson n’est pas longue : mais la note en est vibrante, et il n’a pas moins de plaisir à la répéter cent fois que n’en ont les maîtres de l’art à varier leurs savantes mélodies. Dans tous les pays du monde, le pinson est le symbole de la joie. «Gai comme un pinson !» dit le proverbe, et vraiment il est difficile de se figurer une existence plus heureuse que celle de cet oiseau brillant, quand, au souffle de la brise printanière, il chante et voltige parmi les arbres fleurissants.»

(Sources : Chants d’oiseaux, Eugène Rambert, L’Age d’Homme, 1986 ; le texte original date de 1876)

Pour écouter le chant du pinson, suivez le guide ici

(Sources: www.oiseau-libre.net)





Non, pas de commentaire sur le choix de la photo, le chat étant le meilleur “ami” des oiseaux, comme tout le monde le sait.

mardi 22 décembre 2009

Pour les enfants, petits et grands, un conte de Noël qui sent bon ... le fromage!



Mon p'tit rat de bibliothèque


L'oncle Reblochon
(conte de Noël)
écrit par Vincent Massard qui m'a autorisé à le diffuser sur ce blog 

Furetant dans la cuisine, Parmesan, le jeune souriceau, reniflait, la moustache en bataille, vibrante sous les diverses odeurs :
−    Bon sang ! s'écria-t-il, ou je ne m'y connais pas ou je sens un délicieux parfum de gruyère !... À moins que ce ne soit du jura, non ! C'est du gruyère, et même du gruyère de l'Étivaz !

Personne de son entourage ne pouvait le prendre en défaut : sa connaissance des fromages était sans conteste une des meilleures de toute la famille, à l'exception, bien sûr de l'oncle Reblochon, ce vieil original que l'on appelait à chaque fois que, parmi les souris, il y avait un problème à résoudre, un conflit à apaiser. Car Reblochon avait une grande réputation de sagesse et une autorité naturelle qui faisait que, chaque fois qu'il proposait une solution, car il ne faisait jamais que la proposer, personne ne la discutait, chacun se ralliait à son avis. Grâce à lui, dans la ferme, les souris vivaient en harmonie.

Fier d'avoir identifié le fromage, tant par vanité que pour le plaisir de montrer à son oncle que ses leçons n'avaient pas été perdues, Parmesan, avant de reprendre son expédition, alla au trou où vivait Reblochon lui annoncer sa découverte.
−    Allons voir ça, dit l'oncle du ton bourru sous lequel il masquait son affection pour ce neveu.

Lorsqu'ils arrivèrent dans la cuisine plongée dans l'obscurité de la nuit, Parmesan, tout excité dit :
−    Tu sens, n'est-ce pas ? L'Étivaz, n'est-ce pas ?
−    Chut ! Tais-toi. Laisse-moi me rendre compte... Oui, l'Étivaz, mais, il y a autre chose...
−    Autre chose ?
−    Oui, ce morceau de gruyère a été bizarrement touché. On sent le contact humain. Comme si on avait pris un peu de fromage pour en faire une boulette. Et tu sais ce que ça signifie...
−    Tu crois ?
−    Danger ! Ça peut être un piège, allons voir, mais prudence !

Les deux rongeurs progressaient dans le noir. Les phares d'une voiture qui passait sur la route éclairèrent un moment les lieux. Les deux souris eurent le temps de distinguer une cage au milieu de laquelle un petit cube de fromage avait été placé.

−    Oh ! Le beau morceau ! Allons-y !
−    Stop ! Malheureux ! Tu es, comme moi d'ailleurs, bien trop jeune pour mourir !
−    Qui parle de mourir ? Tu vois bien qu'il n'y a pas de ressort qui viendrait nous tuer comme cela a été le cas de ce malheureux cousin Cheddar !
−    Tu crois ça ? Eh bien tu vas voir ! Ne bouge pas et laisse-moi faire !

L'oncle Reblochon saisit entre ses dents un fétu de paille qui avait dû tomber d'un soulier du paysan et, armé de lui comme d'une lance, il le glissa entre les barreaux de la cage pour toucher le morceau  odorant. À peine le fromage avait-il été effleuré qu'on entendit le claquement de la porte qui se referma brutalement.
−    Tu vois ce qui te serait arrivé si tu t'étais approché de ton gruyère de l'Étivaz ? Bonsoir Parmesan, je vais me recoucher. Il y a des fromages que je n'échangerais pas contre ma liberté !
−    Mais mon oncle ! Je suis sûr qu'il y a moyen de manœuvrer cette maudite porte, d'entrer, de prendre le fromage et de partir ni vu ni connu...

Il n'avait pas fini cette phrase que Parmesan s'aperçut qu'il était seul, Reblochon avait déjà fait demi-tour et, après avoir ramassé quelques miettes qui traînaient sous la table et une cornette molle à laquelle adhérait un peu de gruyère râpé, il était rentré dans sa tanière manger son butin à son aise.

Parmesan, quant à lui, décida de ne pas se donner pour battu. Si la porte de la souricière pouvait se fermer, elle devait aussi pouvoir s'ouvrir. Ce n'était pas seulement une question de gourmandise, c'était surtout pour montrer à son oncle que les souriceaux de sa génération étaient bien plus malins que les vieilles moustaches du passé. Il agrippa  le fétu de paille entre ses incisives et tenta de le glisser sous la porte de la trappe. « Donne-moi un levier et je soulèverai le monde! » pensait-il en s'affairant contre le mécanisme. La grille se souleva légèrement, il glissa une patte et le bout de sa queue et , peu à peu, il fit remonter la porte basculante jusqu'à pouvoir se glisser dessous. Un petit saut, pendant lequel il entendit vaguement le claquement métallique de la cage, et il atteignit le cube de fromage auquel il ne trouva pas autant de plaisir qu'il s'y attendait : l'odeur humaine gâchait le goût.
−    Comme je suis entré, je vais ressortir...

Parmesan ne se doutait pas qu'il avait péché par optimisme. Le fétu qui servait si bien de levier d'un côté, refusait tout service : l'angle d'attaque n'était pas le même et, après usage, la paille s'était assouplie au point de ne plus pouvoir supporter l'effort de soulever la grille. Avec ses pattes, sa queue, ses griffes, il lutta contre l'implacable mécanisme, en vain. Épuisé, il s'assoupit et tomba dans un mauvais sommeil où il rêva qu'il naviguait sur un radeau hâlé par de gros rats et, la rivière étant peu profonde, l'embarcation frottait contre les galets du fond....

Quand il reprit ses esprits, il se vit dans la cage qui n'était plus dans la cuisine, mais dans la grange. Au lieu de la redoutable présence humaine, c'étaient ses parents, ses frères et sœurs. L'oncle  Reblochon  donnait des ordres. Il y avait aussi le petit cousin Bel-Épi, rat des moissons qui, au contraire du reste de la famille, savait tresser la paille pour faire son nid et que Reblochon avait envoyé chercher pour la circonstance. Sur son ordre, l'artiste avait attaché deux liens aux deux coins de la cage opposés à la redoutable bascule et les autres avaient tiré la cage hors de la dangereuse cuisine.

−    Alors, tu es réveillé ? Ça tombe bien, il va falloir que tu te prépares à faire le grand saut : Nous allons tirer la cage vers le haut, le long de ce tas de foin. Quand elle penchera assez, la porte basculera et tu pourras sortir !

Aussitôt dit, aussitôt fait. La trappe penchait de plus en plus, Parmesan n'en menait pas large, mais, peu à peu, la grille s'inclinait, s'éloignait du plancher du piège. Soudain, il glissa, sa tête heurta la porte qui s'ouvrit et il se retrouva couché dans le foin. Les souris lâchèrent les liens et, dans un bruit de ferraille le piège s'écrasa à côté du souriceau tout étourdi de sa chute.

−    Plus de peur que de mal ! s'écria l'oncle Reblochon. Je pense que la prochaine fois, tu suivras mieux mes conseils !
−    Mais...
−    Pas de mais ! Tu te demandes comment on a pu te tirer de ce mauvais pas. C'est tout simple, je me suis souvenu de comment j'étais à ton âge. J'ai donc pensé à ce que tu allais faire et je ne me suis pas trompé. Aussitôt que je t'ai vu dans la cage, j'ai appelé les autres : la famille ça sert ! Non, ne me remercie pas ! Ou plutôt si, en retenant deux leçons : d'abord de ne pas négliger les conseils des anciens et ensuite qu'il faut toujours aider les autres quand c'est possible. Aujourd'hui, ils t'ont aidé, demain ce sera toi qui les aideras...

Copyright :
«L’oncle Reblochon» , conte écrit par Vincent Massard (15 décembre 2009) .
On peut le copier, le diffuser sans le moindre changement et sans omettre le nom d'auteur. Merci de respecter les exigences de l’auteur.

Pour des informations plus détaillées sur l’utilisation de photos et de textes, veuillez consulter les pages de Cathy.

vendredi 18 décembre 2009

Et c'est reparti! première neige de saison et rhume carabiné!
















Est-ce que

les canards

s'enrhument

aussi ????







Je me suis posé cette question en voyant les colverts se promener allègrement sur la neige fraîchement tombée. Ils soulèvent leurs pattes orange du duvet neigeux en les secouant hardiment (si, si je l’ai observé). Leur démarche est la même que sur terre ferme.  Et pourtant, je m’imagine les pieds nus sur cette masse froide et je grelotte d’avance. Je repose la question car j’ai gardé dans un petit coin mon âme enfantine : est-ce que les canards peuvent attraper un rhume? Certainement que non, je devine les enseignements scientifiques qui vont chuter dans ma boîte à commentaires : les canards sont dépourvus de canaux sanguins à leurs extrémités palmées, leur duvet est recouvert d’une fine pellicule de graisse, mais encore.
Merveille de la nature ! Si Copenhague savait !

Bienheureux colverts qui ne connaîtront jamais ce que signifie un “rhume carabiné”,
celui qui vous épuise en un rien de temps des montagnes de mouchoirs (non, je n’ai pas dit qu’ils étaient en papier, politiquement pas correct !),
celui qui vous donne un langage ... et oui, be banard !
celui qui vous exclut de toute prise de parole lors d’un colloque,
celui, enfin, qui vous assène un monumental mal de crâne, tel que vous vous décidez à avaler la boîte de comprimés antidouleur.

Cela s’appelle un “rhume carabiné”.
J’en sors aujourd’hui, sauve et bien lucide, alors que la neige vient de faire son apparition chez nous.
C’est beau, les arbres ont pris de l’embonpoint. Les branches du pin de Sibérie plient un peu, mais sans gravité, les haies sont couvertes d’un tapis blanc où les merles vont pouvoir sauter demain à pieds joints ou à cloche pied. Ce sont eux qui décident de la règle du jeu. Les chats du voisinage n’y voient que dalle.

Comme on pourrait peut-être le penser, le rhume «carabiné» n’est pourtant pas une invention de futurs médecins.
Les carabins étaient au XVIe siècle des soldats de cavalerie légère. Ils se distinguaient par leur rapidité fulgurante au début d’un combat. Ils avaient changé leur lance en mousqueton court, nommé carabine. Ils surprenaient les premiers rangs des ennemis de telle manière que ceux-ci ne parvenaient pas riposter rapidement.
Ainsi, l’adjectif «carabiné» nous est parvenu par analogie pour indiquer une «violence brusque» que l’on a tendance aujourd’hui à assimiler aux accès de fièvre ou au rhume qui nous «saisit sans crier gare, en toute saison».

(Sources : La puce à l’oreille, Claude Duneton, Stock)

dimanche 13 décembre 2009

Une expression d'actualité: celle qui trouve tout son sens dans la période de Noël... “attendre quelqu'un comme le Messie!”



Guirlandes décoratives d'automne à Derborence (Valais)

L’année touche à sa fin et les jours n’en finissent pas de raccourcir. Les enfants, les plus petits, ceux qui ne savent pas encore bien compter jusqu’à vingt le sentent aux ondes fébriles qui agitent leur entourage. Les plus grands le vivent avec leur chair, leur corps alors qu’ils doivent se lever bien avant le soleil. Le nombre de sonneries de réveil qu’il leur reste à subir jusqu’au grand Jour les rend de plus en plus nerveux, sans parler des innombrables tests d’évaluation que leurs maîtres leur ont préparés avec amour juste avant les vacances.
Dans le cocon familial règnent des parfums d’épices et des saveurs beurrées. Recettes maison ou emballages de pâtes achetées au supermarché, toutes manifestent l’impatience humaine à célébrer la Fête.
Les encadrements des fenêtres et des portes se chargent de soir en soir de décorations brillantes, colorées, enfantines et artistiques.
Vite, vite, encore quelques biscuits...
Vite, vite, trouver les bougies bleues...
Vite, vite, ... quoi encore ?

Pour qui cette exubérance, cette excitation ?
Dans quelle attente ?

Il me semble parfois que, à mi-décembre, c’est Lui qui attend que nous ayons fini de nous agiter. Je L’imagine, souriant, observant nos allées et venues. Il doit se demander à quoi nous jouons, si tout ce brassage est vraiment nécessaire à Sa Gloire.


“Attendre quelqu’un comme le Messie”, c’est l’attendre avec impatience.
Certains d’entre nous utilisons aussi cette expression pour suggérer le besoin d’un «sauveur» afin de nous aider.

vendredi 4 décembre 2009

Le 6 décembre, fête de Saint-Nicolas: un mythe? une légende? une TRADITION!








Eux aussi, ils attendent Saint-Nicolas!














La tradition dont je vais parler a pour cadre la ville de Fribourg, en Suisse.
Saint-Nicolas en est le patron  et la cathédrale porte son nom.

Le premier samedi de décembre a lieu le célèbre cortège de la Saint-Nicolas. Le saint est vêtu de blanc et porte la mitre, symboles épiscopaux. Il parcourt les rues de la ville juché sur un âne. Une foule immense, évaluée à 20 000 personnes  certaines années, attend son passage pour recevoir pains d’épices, noix et oranges. Ceux qui sont le plus près du cortège tentent de caresser l’âne.
Jusqu’en 1764, le rôle du saint était tenu par un écolier. En 1906, la tradition fut rétablie par le Collège Saint Michel : dès lors un gymnasien emmène le cortège jusqu’au parvis de la cathédrale. À ce moment, il prononce un discours contenant les faits marquants de la ville, événements traités avec esprit et humour. La fête se poursuit avec un feu d’artifice et une énorme bataille de confettis. 


Les ouvrages qui traitent de sa “biographie” signalent que Nicolas fut évêque de Myre (en Asie mineure) vers 312.
«Le 6 décembre, date supposée de sa mort, ne devint fête officielle de l’Eglise qu’au Xème siècle. Les nombreux miracles qui eurent lieu sur sa sépulture donnèrent naissance à une foule de légendes, comme celle des trois écoliers assassinés que le saint ressuscita, celle de la tempête qu’il aurait apaisée lors d’une traversée vers l’Egypte ou encore celle des trois jeunes filles qu’il aurait dotées d’or pour leur permettre de se marier et d’échapper à la prostitution. C’est ainsi que le bon évêque devint le protecteur des écoliers, des marins et des jeunes filles.»
(Sources : Coutumes et fêtes suisses, Editions Mondo)

Le 6 décembre, Saint-Nicolas ou Père Noël ?? Confusion !

N’avez-vous jamais connu cette interrogation lorsque vous aviez l’occasion de rencontrer, le 6 décembre, un bonhomme habillé de rouge, bonnet y compris, avec une longue barbe blanche et une hotte dans le dos ?
Avec mon esprit encore enfantin, je m’interroge toujours : celui qui parfois descend de son hélicoptère, est-ce Saint-Nicolas ou ... déjà Père Noël ? Ce jour-là (cette année, le samedi 5 décembre), en ville, c’est une véritable armada de Saint-Nicolas ou ... de Père Noël que l’on croise sur les marchés ou à l’entrée des centres commerciaux. Mais point d’âne, ou si peu. Toute la population “ânesque” ne suffirait pas pour accompagner tous ces bonshommes qui jouent à Saint-Nicolas ou ... au Père Noël.
Alors, pour résoudre ce problème (personnel), je décide que, dorénavant, le 6 décembre (ou le 5), le bonhomme à barbe blanche qui porte une MITRE sur la tête, c’est le VRAI Saint-Nicolas ! Les autres sont des Pères Noël qui se sont trompés de date !

Le jour où je n’ai plus cru au Père Noël ... ou à Saint-Nicolas

J’ai vécu les huit premières années de mon enfance à Zurich, dans un quartier périphérique (à l’époque) et assez populaire.
Ce canton a encore de nombreuses traditions qui perdurent telle que Räbechilbi, soit la nuit des lampions de raves sculptées, Sechseläuten où l’on met le feu au bonhomme Hiver.
Lorsque j’y habitais, la Saint-Nicolas n’échappait pas à la tradition tout en étant moins festive que les autres fêtes. Le soir, nous les enfants, nous avions la permission de sortir autour de la maison, dans l’espoir de rencontrer le Saint-Nicolas qui nous distribuerait pains d’épices et chocolat. Bien sûr, il faisait nuit et cela nous angoissait, d’autant plus que les plus grands s’amusaient à nous faire peur en se cachant derrière les arbres ou en surgissant des locaux à vélos en hurlant. Nous attendions le passage du saint avec patience. On entendait parfois un petit carillon de clochettes, celles de l’âne. Alors, nous étions sûrs qu’il n’allait pas tarder.
Cependant, nous devions affronter la méchanceté du Père Fouettard qui précédait l’arrivée de Saint-Nicolas. J’ai appris plus tard —lorsque j’ai réellement perdu la foi en Saint-Nicolas— que nos concierges prenaient plaisir à se déguiser ce soir-là pour nous effrayer ou pour se venger des bêtises que l’on avait faites durant l’année sur leurs pelouses.
Une année, nous avons vu Saint-Nicolas. Il avançait lentement avec son petit âne sous le halo des lampadaires. Pris d’une réelle dévotion. nous nous sommes avancés dans sa direction. L’un d’entre nous, le plus courageux, s’est approché, lui a parlé et il est revenu vers nous, un peu déconfit. Saint-Nicolas ne pouvait rien nous donner. Il avait été “commandé” par une famille qui devait le payer.

Ce jour-là, j’ai perdu la foi en Saint-Nicolas : un Saint-Nicolas qui ne donnait qu’aux riches ne pouvait être qu’un faux.


(Autre source : Ethnologie de Noël, Une fête paradoxale, Martyne Perrot, Grasset, 2000)

mardi 1 décembre 2009

Dictons et proverbes pour le début du mois de décembre













Décembre prend 
et ne rend pas.







Décembre aux pieds blancs
An de neige et an de bien

Si décembre est sous la neige
La récolte se protège

En décembre, fais du bois
Et endors-toi.

2 décembre : l’Avent
La neige de l’Avent
A de longues dents

Il fait bon semer dans les Avents,
Mais il ne faut pas le dire aux enfants.

Chaque chose en son temps ;
Les navets et les choux pour le mois de l’Avent.

4 décembre : Sainte-Barbe
A la Sainte-Barbe,
Le soleil peu arde

6 décembre : Saint-Nicolas
Neige de Saint-Nicolas
Donne du froid pour trois mois

Saint-Nicolas fait les bons mariages,
Guérit de la fièvre et de la rage.
 

mardi 24 novembre 2009

VIEUX ... comme HERODE ou comme MATHUSALEM ?? suivi de ma réponse aux commentaires de l'article précédent



Ponte dei Salti

(reconstruit sur les fondations
d'un ancien pont romain)


Lavertezzo, Ticino-CH




VIEUX ... comme HERODE ou comme MATHUSALEM ??




“Vieux comme Hérode” signifie “assez vieux pour remonter au temps d’Hérode”
“Mathusalem” : personnage biblique qui vécut 969 ans (Genèse 5, 25-27)

Sources : Trésors des expressions françaises, S. Weil et L. Rameau, Belin, 2008

Bien le bonjour !


Il m’a fallu quelques jours pour analyser, digérer vos bons conseils et continuer le dépoussiérage de mon ordinateur qui ... VIEILLIT lui aussi.
Et voici ma synthèse et mes résolutions. Comme ma réponse à vos commentaires de l'article précédent aurait occupé un grand espace, j’ai décidé de l’inclure dans ce message.

1.
Il me reste 1200 photos dans ma photothèque et je n’ai pas terminé. Je dois encore placer mes oiseaux dans une autre “cage”, ce qui va de nouveau libérer de la place.

@ Chris : Bon, d’accord, il est peut-être vieux mon Pommier, mais comme ses condensateurs ont été changés l’an passé (l’histoire est trop longue à raconter ici), il DOIT me tenir compagnie encore quelque temps sans me faire de l’ombre, du moins jusqu’au chargement des prochaines images d’Is.

2.
L’idée du disque dur externe semble effectivement la meilleure solution de sauvegarde. Ce “cadeau” me paraît plus utile qu’un nouvel ordinateur.

@Laubaine : J’ai de la patience pour OUVRIR un dossier ou un blog. Par contre, je fulmine lorsque la Pomme met des plombes à quitter un site, comme s’il y avait de la glu sur la connexion... Le reformatage a été effectué l’an passé (avec les nouveaux condensateurs).
Chut ! Je préfère une tête bien faite aux biscotos upérisés, alors les chippendales, bof, bof...

3.
J’ignorais que la Pomme avait une bonne cote pour la photo : de quoi j’me plains ??

@Cathy : En allant sur le site que tu nous as conseillé, j’ai réalisé que les items ADSL et Modem étaient dans le rouge. Je m’étais déjà aperçue que notre fournisseur nous plantait parfois dans le désert...
Je pourrai bientôt te dire s’il y a réellement des dégâts sur mes CD car mes gravures ont le même âge que mon ordinateur. Je savais par contre qu’il fallait éviter la sauvegarde sur DVD, peu sûr sur la conservation de certaines données.
Cet aspect éphémère de la technologie ne m’embarrasse pas (trop), car je suis convaincue de l’impermanence des choses. Ce qui m’intéresse dans ma production photographique, c’est le moment présent de la découverte végétale ou animale. De plus, l’écran aide à visualiser ce que mon œil ne percevait pas à l’extérieur. Bien sûr, le côté esthétique de certaines de mes photos me touche aussi. Si, en plus, mes images peuvent apporter du plaisir à d’autres personnes, tant mieux.
Mon autre passion consiste à créer des albums photo papier (choix très sélectif et mise en page). Là aussi, la technique d’impression a ses limites et les prédictions ne sont pas très optimistes. Une fois de plus, le geste créateur (qui est potentiel en tout être humain) m’importe davantage que la pérennité du produit. Or. je peux me poser la question suivante : “Est-ce que mon geste créateur laissera des traces pour moi, ma famille, mes amis ou la société ?”. Dans ce cas, la problématique concerne le côté ego de mon activité de photographe amateur.

4.
L’utilisation d’un appareil numérique élimine le souci d’économiser de la pellicule (hors de prix lorsque les photos sont ratées). Mes cartes mémoire sont très vite pleines et je reconnais qu’à chaque importation sur ma Pomme la photothèque se charge à grande allure.

@Christine : Je ne suis pas ménage non plus ! Si, en plus des restes de cuisine et de la poussière du salon, je DOIS encore ménager la Pomme, je râle sec !
Ton Ardoise “monte” rapidement chez moi.

5.
Je suis NULLE en informatique. Certains termes lexicaux me sont totalement étrangers, même abscons. Je pourrais me former, mais je préfère l’écriture, la littérature et, de temps en temps, la cuisine. Si je tente de mettre à jour mes connaissances en informatique, je n’aurai plus le temps pour lire et écrire.

@Foise : La photo du mur aux vignes est trompeuse ! Il n’y a pas de terrasse plane dans le Lavaux (ou si peu). Ce sont des coteaux, tout est en pente plus ou moins forte selon les endroits. J’y ai vu des vignerons tailler leurs ceps et grimper le long des allées.

6.
Au lieu de changer d’ordinateur, je préférerais me procurer un appareil de photo plus performant pour capter les oiseaux. Mon Konika-Minolta Dimage (mon premier appareil !) me donne de grandes satisfactions pour des prises macros. Mais, dans l’impossibilité d’y adapter un zoom, je me contente d’observer les oiseaux avec mes jumelles.

@Vincent :Je n’ai pas encore vu le Pommier casser ses prix après la période de Noël. Et même pour une série de modèles qui ont eu un défaut avéré, il a été quasiment impossible de prouver que celui que l’on avait acquis en était lui aussi victime.
Vu que je suis également paresseuse, j’en resterai à ... ma Pomme !




Alors trop VIEUX ? mon ordinateur ?

En tous les cas, après cinq ans, pas autant qu' Hérode ou Mathusalem.
Les temps modernes ne veulent plus d’objets qui durent longtemps. La rumeur court —est-ce encore une rumeur ? — que les concepteurs de machines à vaisselle, par exemple, programment la durée de vie de leurs produits. Pour vendre, et de ce fait pour que l’entreprise demeure, elle, il faut que l’objet soit rapidement périssable ou altérable jusqu’à ce qu’il devienne (enfin !) obsolète.

Laissons-les donc périr de leur lente agonie, nos chers objets, ordinateurs et appareils de photo inclus !
La philosophie amérindienne, dont je vous livre un extrait, saura peut-être nous assagir et nous rendre la sérénité d’autrefois, qui sait ?

«Tout passe, les heures, les nuages dans le ciel, la vie des hommes, emportés de la naissance vers la mort. Ne t’attache pas à la chronologie affective des choses. C’est une très mauvaise manière de voir le monde. Fais de chaque seconde une expérience enrichissante, sans t’inquiéter du temps qui fuit et des matins qui ne reviennent plus. Le présent est la seule chose qui n’ait pas de fin.»

Source : Préceptes de vie issus de la sagesse amérindienne, Jean-Paul Bourre, Presses du Châtelet, 1997



mardi 17 novembre 2009

Le MUR: au pied ou dans le dos??




Mon ordinateur renâcle : trop lent en ce moment, il lui faut du temps pour ouvrir une page ou un dossier. Je m’impatiente, allons pressons, mais même mes encouragements n’améliorent pas son débit.

Je râle contre les sites ou les blogs surchargés de gadgets ou bourrés de photos trop lourdes. La petite roue de mon navigateur tourne, tourne, tourne : en attendant, sans me hâter, je me sers à boire et je reviens. Enfin, nous y sommes, mon ordinateur et moi, sur la page souhaitée.
Pour quitter tout ce beau monde, le petit panda roux traîne ses pattes (peut-être là où il ne faut pas), s’éternise sur une pomme et rentre finalement dans son terrier.

À ce moment-là, survient immanquablement LA question : mon compagnon d’exploration virtuelle serait-il ... trop âgé ? Si j’en crois la publicité de La Pomme que je reçois régulièrement en cette période (voyons, c’est bientôt Noël, le nouveau 27 pouces me fait des clins d’œil), il n’y a aucun doute : je dois améliorer mon parc informatique.

Cinq ans ? Trop vieux ?

Songeuse, expectative, interrogative, nonchalante, fataliste, je balaie de mes yeux le côté droit de mon écran. Et je compte : trois, quatre ... dix dossiers contenant chacun un grand nombre de photos. Prise d’un soupçon soudain mais bien contrôlé, j’ouvre ma photothèque : “ma mamma mia”, plus de trois mille photos ! Malgré les déchets que j’ai pourtant éliminés au fur et à mesure, je me suis laissé déborder par ma passion. Pas étonnant si mon ordinateur se traîne comme un tortillard...

Et le MUR dans tout ça ?

Suis-je au pied du mur ? Suis-je le dos au mur ?

En tous les cas, contrainte de faire le ménage dans mes dossiers, je me suis attelée depuis quelques jours à sauvegarder, à graver, à classer, à répertorier mes photos 2009, en évitant avec soin d’en jeter quelques-unes par mégarde à la corbeille.

J’ai été carrément dos au mur : comme je ne pouvais plus tolérer la lenteur de mon ordinateur ma riposte fut le nettoyage de mon bureau. Dans ce remue-ménage la souris a été un brin héroïque.

[Pourquoi pas au pied du mur ? N’utilisez cette expression que si vous voulez mettre au défi un(e) vantard(e) en le priant d’effectuer réellement ce qu’il (elle) prétend être capable de faire.]

mardi 3 novembre 2009

Châtaignes ou pas, revenons à nos expressions !

Chers lecteurs, vous avez sans doute remarqué que j’avais semé dans l’article précédent, ici et là, une expression qui a trait à la tolérance. Elle nous rappelle que la nature —la pensée humaine en est une— est composée de teintes, de parfums si divers que nous avons parfois peine à nous comprendre, à nous mettre en accord sur un objet. Cette expression m’habite depuis mon enfance, depuis l’âge de raison, grâce à la relation privilégiée que j’ai partagée avec un de mes grands-pères.





J’ai aimé mes deux grands-pères. Plus que mes grands-mères. Je peux l’affirmer maintenant alors qu’ils ont quitté le monde des vivants depuis longtemps. Avec le temps, il me reste les bons moments passés en leur compagnie, des instants parfois volés.

Mon grand-père maternel était un curieux insatiable de connaissances scientifiques. Il n’avait pas fait d’études, il était un ouvrier qualifié en métallurgie. Il achetait régulièrement le magazine “Sciences et Vie” et lorsque nous allions rendre visite à nos grands-parents, à l’heure de l’apéritif, il nous interpellait sur un sujet d’actualité concernant le plus souvent l’évolution de la technologie. Nous les petits-enfants, jeunes étudiants, nous étions ses interlocuteurs du dimanche. Il nous demandait notre avis sur un thème ou un article qu’il venait de parcourir dans son journal. Assis sur le canapé à côté de lui, nous échangions longuement, en aparté, alors que nos parents, oncles et tantes, installés autour de la table à manger, trinquaient bruyamment.
Nos discussions avec notre grand-père étaient aussi animées. Il semblait plus progressiste ou visionnaire que nous : il prédisait des bouleversements politiques ou sociaux inhérents au progrès technologique. Il n’avait pas le regard tourné vers le passé. Alors qu’il avait été victime de la grippe espagnole durant la première guerre mondiale et qu’il souffrait d’une maladie rare qui altérait ses fonctions musculaires, il conservait un esprit ouvert et positif. Parfois, nos points de vue divergeaient, mais sa façon de nous écouter inspirait confiance et respect. Nous arrivions chez lui avec nos soucis, nos “grognes” d’adolescents ou de jeunes adultes, et nous savions que nous repartirions libérés et plus forts en espérance.
Ces moments d’échanges étaient toutefois trop courts. Après le repas, très fatigué, il avait besoin de repos. Alors, au moment où notre grand-mère nous annonçait que le repas allait être servi, grand-père mettait fin à la discussion (qui n’avait abouti à aucune conclusion) en déclarant avec un sourire amusé :
«Eh oui, des goûts et des couleurs !»

jeudi 29 octobre 2009

Saveurs châtaigne : deuxième dégustation (le cake à la banane et à la farine de châtaigne)

Vous pensez certainement que ce blog commence à déraper. Conçu initialement pour publier des expressions populaires, il se déroute de son projet et rebondit sur des ... recettes !

C’est de ma faute : je ne résiste pas à vous vanter les saveurs goûteuses de la châtaigne.
Je fais ainsi une petite incursion culinaire en présentant la recette du cake qui permet d’utiliser les dernières bananes du plat à fruits, celles que plus personne n’ose toucher, celles qui sont au seuil d’atteindre la couleur noire, celles qui laissent un goût détestable de farine dans la bouche...

J’avais dit “châtaigne” ?

Les recettes de cuisine ont ceci d’agréable : on peut les adapter, à notre goût ou selon le contenu de notre réserve alimentaire.
Celle du cake à la banane a suivi ce chemin. Elle m’avait été transmise, il y a plus de trente ans, lors d’un rallye convivial qui réunissait un grand nombre de familles. Comme de bien entendu, pendant ces journées gaies et festives où les enfants apprennent à jouer ensemble alors qu’auparavant ils ne se connaissaient pas, leurs mères s’échangent les recettes à succès...

J’avais parlé de “châtaigne” !

À mes débuts, pour confectionner ce cake qui est devenu par la suite le chouchou des goûters, j’ai commencé à utiliser une farine (de blé) blanche. Enfin, petit à petit, adhérant à une philosophie culinaire qui s’affirme davantage en faveur des produits bio, j’ai intégré à la recette des farines toujours plus rustiques, plus complètes. Avec les années, le cake à la banane a pris une teinte très foncée.
Enfin, lors de quelques séjours en Corse, j’ai eu le bonheur de découvrir la saveur incomparable du pain à la châtaigne : un pain que je n’associerai pas au saucisson à l’ail ou au fromage de brebis, quoique «des goûts et des couleurs»... Je préfère le déguster avec des fruits frais, éventuellement avec des oléagineux, même si cette alliance peut devenir une véritable bombe calorique.


Parmi toutes les farines (d’épeautre, de riz, de maïs...) qui occupent actuellement les rayons, celle de la châtaigne est apparue récemment dans les magasins spécialisés. Sa texture est assez compacte : il est donc parfois nécessaire d’utiliser un tamis pour l’affiner. Au goût, la farine de châtaigne est déjà sucrée : elle ne conviendrait pas pour la confection de cakes aux olives, quoique «des goûts et des couleurs»...

Je devine que vous avez déjà «l’eau à la bouche». Alors je vous confie la recette de Véronique que j’ai adaptée en intégrant la farine de châtaigne.



½ tasse de beurre en crème
½ tasse de sucre (ou 1 tasse selon les goûts)
2 œufs
2 bananes très mûres

Mélanger le tout jusqu’à ce que cela devienne crémeux

1 ½ cuillère à soupe de crème ou de lait
1 cuillère à thé de jus de citron

2 tasses de farine : farine usuelle + farine de châtaigne
Sur la photo : ½ tasse de farine d’épeautre fine + 1 ½ tasse de farine de châtaigne **

1 ½ cuillère à thé de poudre à lever
½ cuillère à thé de sel
1 tasse de noisettes ou d’amandes râpées

** À adapter car la farine de châtaigne empêche le cake de bien lever...

Cuisson : environ 50 minutes à 200°C

Bon appétit !

(A suivre)

jeudi 22 octobre 2009

Saveurs châtaigne : première dégustation (une bonne bière)


Oui, vous me direz : «C’est facile, pas d’effort à fournir si ce n’est que de trouver un décapsuleur !»
Détrompez-vous !
D’abord, l’outil n’est jamais remis au bon endroit. Alors qu’une petite soif vous tient, il faut encore remuer ciel et terre pour retrouver le décapsuleur efficace.
De plus, si, comme moi, vous n’êtes pas très friande de la bière en général, une certaine résistance vous empêche de tendre la main en direction du verre dégustateur.
Pour les “addictés” à la bière, pas de problème, en effet, c’est (trop) facile.



Je n’ai apprécié de ma vie que deux bières. La première, je l’ai découverte en Angleterre, elle était brune. La deuxième, je l’ai quasiment savourée en Belgique, celle-ci était blonde. Toutes les deux avaient un point commun : elle ne sentait pas le houblon.

Au Tessin, je viens de découvrir la troisième, celle qui est à la châtaigne. Elle a satisfait mon palais, ne laissant pas ce goût âcre que je déteste tant. Elle se boit particulièrement très fraîche. Au cours d’un repas en soirée, elle aide à la digestion.

J’entends une petite voix (venue de Savoie) qui me suggère de ne pas en abuser. Elle contribue à alourdir notre charge pondérale. Comme la châtaigne ?

À votre santé !

(A suivre)

dimanche 18 octobre 2009

J’vous dirai tout, tout, tout sur la castagne !



J’ai passé une semaine merveilleuse au Tessin, sous le soleil, dans le froid matinal aussi. Mes semelles ont roulé sur les tapis de bogues de châtaignes. Et là-bas, je me suis dit : «Si je leur parlais du roi des féculents d’automne ?»

Je me suis rappelé d’une expression que j’utilisais enfant. Même fille, il ne fallait pas que les compagnons de classe me cherchent noise. Je n’étais pas belliqueuse, mais je n’appréciais pas les provocations ou les moqueries qui avaient tendance à s’éterniser dans les vestiaires ou dans la cour. Pour montrer que j’étais prête à tout pour faire cesser les coups bas, il m’arrivait de menacer ceux et celles qui ne comprenaient pas le langage non-verbal en leur déclarant «Tu veux une châtaigne ??». Je sous-entendais, comme tout le monde le sait, que j’étais prête à leur balancer mon poing n’importe où. L’image de la bogue de châtaigne avec ses piquants devait en principe calmer les plus provocateurs. Eh oui, l’agressivité chez les filles n’est pas une forme de modernité dans la société actuelle, elle existait déjà il y a .... fort longtemps, toutefois l’usage des couteaux (ou cutters) n’était pas dans nos coutumes.

Il arrive que des bandes d’adolescents se rencontrent pour une “castagne” ou une “baston”. Le lieu et la date de la rencontre demeurent le plus souvent un véritable secret que les adultes ne parviennent pas toujours à décoder. Les règlements de compte s’effectuent en groupe pour défendre l’honneur d’une communauté culturelle ou d’un établissement scolaire.
Cette activité sociale, là aussi, n’est pas nouvelle. Je me souviens d’un film que j’avais vu à la Cinémathèque et qui m’avait laissé un grand souvenir : La Guerre des Boutons. La castagne réunissait deux bandes de garçons de deux villages et se terminait par la perte des boutons de culotte, extrême déshonneur pour celui qui en était la victime.

Le nom de la châtaigne réserve ici quelques surprises négatives. Il en est de même pour le marron !

Or, au cours des articles prochains, je tâcherai de mettre en valeur toutes les qualités que ce fruit de saison nous apporte. A s’en lécher les babines !


Autres expressions :
Tirer les châtaignes du feu (avec la patte du chat) ou
Tirer les marrons du feu =
1. se donner du mal pour le profit d’autrui
2. faire faire par un autre quelque chose de périlleux

Faire quelqu’un marron = le tromper

(A suivre)

mardi 29 septembre 2009

Pour en finir avec la pomme...




Cette pomme-là a semé la zizanie et continuera à provoquer des disputes, des bagarres. On l’appelle
la Pomme de Discorde.

En vérité, il est faux d’attribuer au fruit l’entière responsabilité des querelles ou des guerres. Bien qu’elle soit en or et qu’elle attire toutes les convoitises, seul le Manipulateur —au féminin, cela existe aussi— est la source réelle des désaccords. De sa main ou de sa parole traîtresse, il (elle) sait allumer le feu de la rancune, de la jalousie, de la colère et enfin de la vengeance.

Une légende de la mythologie grecque est à l’origine de cette expression.

“Aux noces de Thétis et de Pélée, futurs parents d’Achille, une déesse ne fut pas conviée. Et pour cause : personnifiant la désunion, Eris, appelée aussi Discorde, ne possédait pas les dons qui auraient pu alimenter la corbeille de mariage. Fâchée, Eris-Discorde jeta sur la table des autres déesses du panthéon grec une pomme d’or qui portait l’inscription suivante : «A la plus belle !»
Les disputes furent telles que Zeus choisit un humain, en l’occurrence le jeune berger Pâris, afin que celui-ci désigne la plus belle des déesses.
Héra, la reine des déesses ?
Athéna, la déesse de la guerre ?
Aphrodite, la déesse de l’amour ?
Subjugué par la beauté d’Aphrodite, Pâris lui remit la pomme d’or et acquit de ce fait sa protection et son affection.

Si l’histoire s’était arrêtée là, on pourrait penser que la discorde ne fut qu’un événement passager. Or, Héra et Athéna eurent l’opportunité de se venger de cet affront.

En effet, Pâris était en réalité le fils du roi de Troie. Aphrodite l’aida à séduire et à enlever Hélène, la femme du roi grec Ménélas. La guerre de Troie fut terrible chez les humains et la bataille dans les cieux de l’Olympe eut elle aussi un grand retentissement. Héra et Athéna, soutenant les Grecs, contribuèrent à la défaite des Troyens.”

lundi 21 septembre 2009

Petit florilège de dictons météorologiques pour passer en automne





Bel automne vient plus souvent
Que beau printemps.


Automne en fleurs,
Hiver plein de rigueurs.


Brouillard d’automne
Beau temps nous donne.


Après le pain, le vin :
Août mûrit, septembre vendange,
En ces deux mois tout bien s’arrange.


À la Sainte-Justine,
Toute fleur s’incline.
(26 septembre)


À la Saint-Jérôme,
Hoche tes pommes.
(30 septembre)


À la Sainte-Simone.
Il faut rentrer ses pommes.
(28 octobre)


Quand la poire passe la pomme,
Garde ton vin jusqu’à l’automne.


Vent d’octobre est la mort des feuilles.

jeudi 17 septembre 2009

P comme ... tomber dans les POMMES!








Pourquoi cette expression ?

Le sens de cette expression n’est plus à expliquer : tout le monde sait qu’elle indique un collapsus aboutissant à une perte de connaissance, à un évanouissement.
Encore faut-il distinguer la différence entre «Tomber dans les pommes» et «Tomber en pâmoison». La seconde expression (peu usitée actuellement) indique une situation qui résulterait d’une forte émotion alors qu’un dysfonctionnement physiologique est à l’origine de l’évanouissement dans le cas de figure de la première expression.

D’où vient cette expression ?
Le sens de la formule ne prêtant plus à confusion, il est temps de s’attarder sur son historicité. En effet, dans le cercle des chercheurs en littérature française, deux courants d’interprétation s’affrontent.
D’une part, certains spécialistes en la question estiment que George Sand serait à l’origine de l’expression. Dans une de ses lettres (à Madame Dupin), l’écrivaine aurait écrit «être dans les pommes cuites» pour exprimer sa fatigue. Actuellement, on dit d’un petit enfant qui tombe de fatigue qu’il “est cuit”.
D’autres chercheurs, entre autres Claude Duneton (in La puce à l’oreille), avancent l’hypothèse que les prémices de «tomber dans les pommes» sont déjà observables dans la littérature française médiévale.

Mon choix d’interprétation
Je reconnais ici que mon intérêt de connaissance (très subjectif) se tourne du côté de la deuxième théorie. D’une part, je suis une lectrice passionnée par les textes de Duneton : il sait prendre des précautions lorsqu’il avance une idée et, en utilisant le conditionnel dans son discours, il ne ferme pas les diverses possibilités de compréhension d’un phénomène ce qui est tout de même la voie d’une recherche dite scientifique.
D’autre part, je doute fort qu’une expression telle que celle-ci —dont la forme est saugrenue par rapport à son sens— naisse ainsi au milieu du XIXe siècle, sans référence à une éventualité plus ancienne. De plus, l’idée de “tomber dans les pommes” n’implique pas que celles-ci soient forcément “cuites”. George Sand n’aurait-elle pas réactualisé une expression qui était tombée en désuétude ?

L’origine possible de l’expression «tomber dans les pommes»
(selon Claude Duneton)
Il faut emprunter la machine à remonter le temps jusqu’au XIIe siècle. En littérature médiévale, c’est le temps des récits courtois, du roman de Tristan et Iseut, des légendes arthuriennes. Les grands écrivains de l’époque sont Thomas d’Angleterre, Chrétien de Troyes, et...

Marie de France
«notre première femme poète» (dixit Lagarde & Michard), vers 1160. Elle était cultivée, connaissait le latin et l’anglais, vivait à la cour d’Angleterre sous Henri II et Aliénor d’Aquitaine. Elle a écrit des “lais”, poèmes reprenant des légendes du pays breton.

C’est dans un de ces poèmes que Claude Duneton a mis le doigt sur une des sources possibles de notre expression.

Marie de France, dans Les Deux Amants, fait le récit d’un drame d’amour.
Un jeune garçon meurt d’épuisement d’avoir porté son amante au sommet d’une colline. La jeune fiancée succombe elle aussi à la vue de son amant mort. Le père de la fiancée, qui était roi, ne les voyant pas revenir, part à leur recherche. Lorsqu’il les retrouve,

«Li reis chiet a tere paumez»


Paumez est une ancienne forme de pasmé (pâmé, évanoui), la paumeison étant le mot ancien de pâmoison.
Claude Duneton met en relation le fait que le texte original de Marie de France est en anglo-normand et les constats qu’il a pu effectuer lors d’une étude entreprise en Normandie actuelle dans un contexte rural. A savoir que le dialecte normand utilise toujours le mot «paumé» pour «pâmé». De là, l’expression

tomber dans les pommes
dérivé de
tomber dans les paumes

CQFD


(A SUIVRE, encore)

vendredi 11 septembre 2009

Ma pomme, c'est moâ â â â!




« Ma pomme, c’est moi
J'suis plus heureux qu'un roi
[...] pour être heureux comme,
Ma pomme,
Ma pomme,
Il suffit d'être en somme
Aussi peinard que moi.»








En 1936, Maurice Chevalier chantait cette rengaine.
Rappelez-vous, c’était du temps où “tout allait très bien, Madame la Marquise”. À croire que les auteurs compositeurs de cette époque avaient besoin de conjurer le sort ou de consoler le peuple.

Oui, j’aime la chanson française.
Oui, j’aime aussi les fruits de l’automne.
Oui, j’aime encore mieux confectionner des gâteaux aux pommes.

Alors, en clin d’œil à tous les blogueurs et toutes les blogueuses gourmets et gourmands, je vous parlerai de la reine de l’automne, avant la châtaigne, j’ai nommé LA POMME !

Celles de mes deux pommiers tombent malheureusement avant maturité : ou elles sont véreuses, ou les fourmis les colonisent déjà sur l’arbre. Il semble que les soins bio que nous apportons à notre jardin n’ont pas été satisfaisants cette année.
Aussi la quantité de pommes que je vais pouvoir conserver n’est pas proportionnelle au nombre d’expressions populaires que j’ai pu récolter ici et là.
Car, la POMME, reine de la table et des récréations scolaires, a aussi nourri l’imaginaire populaire et suscité des comparaisons cocasses. Voyez plutôt :


aux pommes = délicieux

bonne pomme = se dit d’une personne facile à duper

haut comme trois pommes = de petite taille

jeter des pommes cuites à quelqu’un = l’injurier

c’est pour ma pomme = c’est pour moi

ma, ta, sa pomme = moi, toi, lui

se sucer la pomme = s’embrasser


(A SUIVRE)

lundi 31 août 2009

C'est pas d'la tarte!



C’est pas d’la tarte...
... que de rédiger un article tel que celui-ci !

En effet, Foise aimerait que je fasse une recherche sur le Jeûne genevois. Or, le Jeûne genevois a un lien avec le Jeûne fédéral, quoique pas tout à fait. Vous me suivez ?

Je n’ai pas trouvé de documentation papier chez moi sur ces spécialités helvétiques. Donc j’ai demandé à Google de m’indiquer quelques sites qui m’ont permis de vous rédiger le résumé suivant.

C’est pas d’la tarte, je vous l’avais annoncé.

La pratique du jeûne est encore d’actualité : on jeûne pour reposer un organe (le pancréas adore ça) ou le corps entier. C’est une action qui consiste à se priver momentanément —cela va d’un jour à deux semaines—des excès d’une nourriture la plupart du temps abondante et trop riche.
Les jeûnes sont aussi dictés par des préceptes religieux. Le Carême, situé entre la période des carnavals et de la Semaine Sainte (Pâques), aide les croyants (très) pratiquants à se préparer au temps de la Passion.

La pratique du jeûne n’est pas une invention récente. Elle date du Moyen Age. Le jeûne représentait une forme de pénitence lorsqu’une catastrophe, une guerre ou une épidémie décimaient une grande partie de la population. Les survivants —paysans, serfs, bourgeois, chevaliers, seigneurs, gentes dames et monseigneur— jeûnaient pour obtenir le pardon ou pour remercier d’avoir été épargnés par le malheur.

{*Il faudra s’en souvenir si la grippe A H1N1 fait des ravages en Europe*}

Je vous l’avais dit, c’est pas d’la tarte, cette recherche...

... car l’Histoire se complexifie avec la Réforme : 16ème siècle, 1536 pour Genève, la Rome protestante.

Devant les vicissitudes de la vie, les autorités citadines ou cantonales décidèrent d’institutionnaliser le jour du Jeûne : pour Berne, par exemple, ce fut chaque jeudi. Finalement, les cantons se mirent d’accord pour unifier la date du Jeûne.
Les cantons protestants, au cours de la Diète (=assemblée) de 1639, adoptèrent une journée de jeûne en commun, accompagnée de collectes en faveur des Protestants persécutés à l’étranger. La Diète des cantons catholiques prit la même décision en 1643.

À partir de ces événements, l’Histoire suisse présente des tentatives d’unification du jour du jeûne sur l’ensemble du territoire confédéral.
Les Protestants choisirent le deuxième jeudi de septembre, les Catholiques, le dimanche qui suit. En 1831, le troisième dimanche de septembre fut décrété jour officiel de Jeûne fédéral pour tous les cantons. Cette décision eut pour fondement la consolidation de la paix religieuse entre les deux confessions.


Enfin, Foise, j’en viens au cas du Jeûne genevois.
Décidément, c’est pas d’la tarte !

Le jeûne pratiqué à Genève revêtait une importance particulière : d’abord il fut une réaction à une répression contre les Protestants de Lyon en 1567, ensuite il persista durant l’occupation française (1798-1813). Cette célébration eut une signification à la fois religieuse et patriotique, permettant de décliner ainsi l’identité genevoise et protestante. .

En acte de résistance à la décision de la Diète de 1831 qui avait unifié la date de célébration du jeûne sur le plan fédéral, les Genevois instaurèrent leur propre journée de jeûne.
Le Jeûne genevois, célébré le jeudi après le premier dimanche de septembre, est légalisé en 1966. Il devient un jour férié pour les Genevois.

Je dirai encore, pour finir, quelques mots sur la tarte.
Au 16ème siècle, les restrictions alimentaires pouvaient être très sévères durant la pratique du jeûne. Dans certains cantons, le seul menu du repas de midi consistait en une tarte aux pruneaux.
Nous avons gardé la tradition de confectionner (souvent en quantité) et de déguster en famille la tarte aux pruneaux (en Suisse, on dit gâteau) le jour du Jeûne fédéral ... ou genevois. Ce jour-là, les vieux fours à pain des villages qui les ont restaurés chauffent à fond et les habitants y font cuire leurs “gâteaux”.

Vous reprendrez bien un peu de ma tarte ?






Un merci tout particulier au site www.pasaj.ch où j’ai trouvé les info nécessaires à cette recherche.

lundi 24 août 2009

Tout va très bien ...



«Tout va très bien...
Madame la Marquise,

tout va très bien,

tout va très bien,

pourtant il faut,

il faut que l’on vous dise,

on déplore un tout petit rien :

un incident, une bêtise,

la mort de votre jument grise.

Mais à part ça,
Madame la Marquise,

tout va très bien

tout va très bien !»




J’ai souvent entendu cette chanson fredonnée dans ma famille : parents, oncles, tantes la chantaient alors que l’un d’entre eux avait entonné le refrain à la suite d’une anecdote racontée à l’heure du pousse-café.
Plus tard, je l’ai aussi apprise en classe : le prof l’avait jugée suffisamment explicite pour illustrer l’état d’esprit des peuples européens dans les années 30. Je crois que cette chanson appartient encore au répertoire éducatif auprès de certains enseignants.

Paul Misraki a composé “Tout va très bien” en 1934. La jument grise est morte dans l’incendie du château provoqué par le suicide du marquis ! Une jument brûlée, un château en feu et un marquis mort, voyons, tout cela n’est que bagatelle ! Car à part ça, tout va très bien...

Qu’est-ce qui a bien pu motiver l’auteur à composer ce texte en parodiant une frange de la population ou des élus peu lucides ?

1934
Les pays européens vivent les répercussions d’une crise économique due au krach boursier de 1929.
En France, l’affaire Stavisky, du nom d’un financier escroc qui a émis de faux bons, remue le milieu des affaires et de la politique.
En Suisse, la presse est muselée par les autorités fédérales afin de ne pas nuire aux accords conclus avec ses deux voisins (dérangeants, pour ceux qui voyaient clair...).

Les ligues de l’extrême droite se mobilisent,
les mouvements antifascistes réagissent aux menaces idéologiques,
gauche et droite s’affrontent dans la rue,
les manifestations virent en émeutes.

Et, pendant ce temps, un trio infernal tisse sa toile au-dessus de l’Europe. :
Mussolini, Franco et Hitler.

Mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !

Si la chanson fait toujours de l’effet, c’est que le monde humain n’a peut-être pas beaucoup changé depuis les années 30. Il y a encore un financier grisé par sa convoitise ou un journaliste trop curieux. Les chefs de guerre, quant à eux, ont atteint d’autres continents.

Mais à part ça, Madame la Marquise, tout va très bien, tout va très bien !

Au fait, et vous, comment allez-vous ?

jeudi 9 juillet 2009

M ... comme minute!




«Minute papillon !»




Il fallait vous y attendre !

L’expression est d’actualité alors que beaucoup de ces lépidoptères papillonnent sans cesse sur vos magnifiques blogs.




... Piéride, Vanesse, Petite Tortue, Flambé, Argus, Demi-Deuil, Myrtil, Apollon, Machaon, Gazé, Paon du jour, Mélitée, Aurore ...

J’avoue que je n’ai rencontré autour de moi que des fébriles à la recherche du meilleur nectar, des hyperactifs dont les ailes vibraient malgré leur trompe qui fouinait parmi les étamines, pistil et consorts, des versatiles qui changeaient de trajectoires, des amoureux aussi qui s’envoyaient en l’air en tourbillonnant.
Le souffle coupé et l’objectif en pagaille, il ne me restait souvent que l’espoir de les voir s’assagir un moment, mes Piérides, Belles Dames et Petites Tortues, afin d’immortaliser leur image sur une tige de lavande ou une grappe de glycine..

«Minute, papillon !
Calme-toi, arrête-toi, pose-toi et viens t’asseoir un instant sur le banc.»

Cela vous arrive-t-il aussi de papillonner, de poursuivre simultanément une dizaine de projets, de vous essouffler à réaliser en un temps record la vingtaine de tâches qui vous tombent par hasard sur les épaules ?
Et après ça, on se désole de ne plus avoir du temps.

«Minute, papillon !»

L’historique de cette expression ne pourrait être que pure fantaisie. En effet, Marianne Tillier écrit dans son ouvrage que des journalistes parisiens auraient prétendu à son invention alors que, d’après d’autres chercheurs, l’expression serait plus ancienne.

“Selon le journal, monsieur Papillon était serveur au Café du Cadran, à Paris, dans les années 1930. Ses clients, parmi lesquels des journalistes du Canard enchaîné, s’entendaient répondre quand ils l’interpellaient :«Minute, j’arrive !» Amusés, ils s’approprièrent la repartie du garçon en la modifiant légèrement...” *


* Marianne Tillier, Les expressions de nos grands-mères, Editions Points, 2008.

vendredi 3 juillet 2009

IS.05 (fin de l'article Kreativ Award)

IS.05 est l’abréviation de mon album photos de notre deuxième séjour estival en Islande.

Cette année-là j’ai découvert les miracles de la photographie. Je venais de recevoir mon premier appareil et je m’exerçais à appliquer sur des sujets passionnants le peu de fonctionnalités que j’avais apprises. Les paysages grandioses de terre, de roche et de glace n’échappaient pas à mon objectif. La flore, souvent à ras du sol, resplendissait sous cette lumière islandaise faite de contrastes toujours en changement.

Les oiseaux étaient mon but de capture-photo principal. Or, ce fut souvent une rude épreuve : volatiles craintifs parce que mon objectif n’était pas assez puissant. Ce fut ma première leçon d’humilité en tant que photographe amateur.
Devenue sceptique quant aux performances de mon appareil pour la capture des oiseaux (et non pour la macro), je renonçais parfois à le préparer à l’approche de cygnes chanteurs. C’est ainsi que j’ai manqué les images du beau garrot arlequin que je venais d’apercevoir sur des rochers de la côte est.
Le macareux moine quant à lui s’est laissé tirer le portrait, était-ce dû au fait qu’il devait se concentrer sur ses “sardines” nourricières ? Ce jour-là, j’ai appris la position plat ventre (mais pas dans la boue) pour m’approcher des macareux, non pas qu’ils aient été craintifs, mais les bourrasques de vent violent m’avaient obligée à choisir cette posture pour ne pas glisser au bas des falaises.


Enfin, la prise de vues des paysages a toujours été gratifiante pour moi : tous les angles étaient possibles, donc toutes les audaces aussi. Le cliché apparemment banal s’est révélé surprenant : une bande de brume inattendue, un vol de goélands devant l’objectif. Seule la pluie soudaine freinait régulièrement ma chasse à l’image.
..................

L’année prochaine je retourne en Islande : j’ai rendez-vous avec l’arlequin.

mercredi 1 juillet 2009

Kreativ Blogger

Lien

Je remercie Chris de m’avoir offert ce cadeau et j’espère que la suite des articles sera à la hauteur de cette récompense.
Comme je ne suis pas très obéissante ni conformiste, je ne respecterai pas les règles qui sont liées à l’attribution de cet award. En effet, il m’est impossible de désigner parmi les blogs que je suis fidèlement ceux qui recevraient cette récompense. D’abord cela signifie qu’il faut en éliminer quelques-uns, ce qui est contraire à ma manière de penser, de sentir et de voir les choses. Ensuite, je pense que le fait de créer un blog participe à un acte créateur plus ou moins technique ou/et artistique. Il y a donc en toute personne dans cette communauté une créativité qui se dévoile par touches successives.
Je garderai toutefois un élément des règles de Kreativ Blogger que je publierai au cours de l’article suivant, pour saluer le lieu de travail de Chris ainsi que sa créativité photographique.

samedi 27 juin 2009

A ... comme Adonis


«Beau comme un Adonis !»















L’adonis (adonis vernalis) est une fleur printanière qui pousse sur des pelouses arides. Je l’ai rencontrée pour la première fois à l’état rustique sur le Causse Méjean, près du site de Nîmes-le-Vieux. Subjuguée par la beauté qui rayonnait de cette plante, je fus insatiable en photographies. Emergeant parfois entre deux rochers calcaires, l’adonis étincelait de son jaune flamboyant. Seul le vent, fréquent dans ces lieux, rendait l’instant photographique aléatoire.

Quel lien y a-t-il entre cette fleur somptueuse et le jeune homme si beau que sa simple présence éblouit celui ou celle qui croise son chemin ?

Il faut trouver l’origine de cette expression, «Beau comme un Adonis», dans la mythologie antique. Adonis, symbole de la beauté des jeunes hommes, était l’amant d’Aphrodite. Objet de désir entre Aphrodite, Perséphone et Artémis, il mourut accidentellement, tué par un sanglier.

«De son sang fleurirent des anémones et des adonis tandis que son âme sombra dans l’Hadès. La déesse de l’amour implora Zeus de ne laisser Adonis qu’une partie de l’année dans le monde souterrain afin qu’il puisse revenir auprès d’elle au printemps.»

Ainsi, Adonis semble être un de ces dieux qui ressuscitent chaque année, et au printemps... comme la fleur.

L’été est de retour depuis quelques jours. Nos Adonis ne retournent pas dans l’Hadès. Ouvrez votre cœur à la beauté qui s’offre à ... votre regard seulement : dans leur démarche et leur prestance, les jeunes gens (filles et garçons) resplendissent au soleil.

(Citation extraite de L’Encyclopédie des symboles)

dimanche 21 juin 2009

J'aime...


(pour répondre à Josée alias Amelanche1
qui m'a taguée un certain jeudi 4 juin...)

J’AIME ...
le miel et le chocolat,
les pantalons et les bracelets de pierres,
les ânes, les grenouilles et les chats,
l’odeur de la pluie qui s’évapore,
Bach et Mozart,
notre fidèle merle perché sur le thuya,
le crépuscule derrière le Jura,

mais encore,
J’AIME...
être oisive ou scrapper mon album photos,
lire des récits autobiographiques,
observer le trafic volatile dans le jardin,
tailler une bavette au téléphone avec ma sœur
ou écouter “L’été indien” avec Joe Dassin.



Mais avant tout.
J’AIME...RAIS
pouvoir «CULTIVER MON JARDIN» !

Pour un instant seulement, une petite journée peut-être, le désir de pouvoir m’occuper uniquement de mes affaires sans me soucier de celles des autres me hante parfois. Lorsque le devoir devient pesant, lorsque l’empathie s’épuise, alors je rêve de refermer derrière moi la porte de mon “jardin”.
Le vert de la prairie serait plus doux et le vol du papillon plus serein.
Le rouge de la cerise plus lumineux et la feuille de l’ortie moins piquante.


Amis lecteurs blogueurs (le masculin est d'un usage purement pratique), êtes-vous prêts à reprendre le flambeau? Vous l'avez deviné, le thème est “...ce que j'aime”.
Je passe le témoin à qui le souhaite...

mardi 26 mai 2009

P comme “Pastis”, la chatte voisine qui se lève “dès potron-minet” et s’invite dans notre jardin...
























Que je vous présente cette grand-mère féline !

Elle doit certainement attendre depuis l’aube derrière la porte de ses maîtres. Je ne l’entends pas miauler car elle est assez discrète dans la maison. À son âge, elle a ses habitudes. L’une d’entre elles consiste à faire le tour de la maison dès qu’elle en a la permission (elle peut sortir si un de ses maîtres est présent). Lorsque la température est encore fraîche, elle s’aventure plus loin en traversant la petite route qui mène au quartier. Après sa première expédition, elle s’installe sur le capot d’une voiture. De son perchoir (qu’elle utilise de préférence dès l’automne, quand le sol se refroidit), elle observe les enfants qui se rendent à l’école.
Durant cette dernière période de grande chaleur, elle vient se camoufler sous le feuillage de mes hémérocalles. Elle sait maintenant (à force de réprimandes) qu’elle ne doit pas se coucher sur les plus petites plantes qui peinent déjà à se défendre contre les attaques de limaces.
Lorsque la porte-fenêtre de la cuisine est ouverte, elle entre en miaulant. Comme c’est une chatte, je dis qu’elle miaule. En fait, elle parle. Je ne comprends pas ce qu’elle me dit, mais je suis sûre qu’elle s’exprime. On échange, chacune à notre façon : «Bonjour. Comment vas-tu ? Il fait chaud ce matin. Je fais un petit tour chez toi. D’accord, mais pas sur les lits, bien entendu... etc. ». C’est notre petit rituel de rencontre, une parole, une caresse, trois petits tours et puis s’en vont.

Au début de notre fréquentation, je n’appréciais pas beaucoup ses miaulements. Mais on s’est aperçu dans la famille que cette chatte comprenait très bien ce qu’on lui disait... à condition qu’on prenne le temps de lui expliquer, par exemple, qu’il est encore trop tôt pour elle de s’engouffrer dans la cage d’escaliers pendant qu’on lève le courrier de la boîte aux lettres. Aujourd’hui, je m’entends bien avec elle. Enfin, sauf sur un point : je n’aime pas la voir chasser les oiseaux. Mais à ce sujet, elle devient complètement indifférente à mes remarques !

J’aime les chats.

L’expression dès potron-minet a un lien avec la caste de nos amis domestiques. Elle a le sens de «dès que le chat montre son derrière», c’est-à-dire «dès le lever du jour».
Minet désigne bien entendu le chat et potron vient du latin posterio (= cul).
En Normandie, on dit dès potron-jacquet, «dès que l’écureuil montre ses fesses».

(tiré de Les expressions de nos grands-mères, de Marianne Tillier)

jeudi 14 mai 2009

F comme fleurette (c’est bien parce qu’on est au mois de mai !)



Savez-vous “conter fleurette” ?














Ah, bien sûr, l’expression est devenue ringarde et plus personne ne l’utilise. Elle paraît trop ... “fleur bleue”, sentimentale et désuète.
Que dites-vous ou que faites-vous aujourd’hui pour évoquer et signifier la beauté ou le charme d’une personne que vous découvrez d’un regard nouveau ?
Mesurez votre pensée et faites attention aux paroles que vous prononcez ou aux gestes que vous tentez, sinon vous serez vite dénoncés pour harcèlement sexuel...

Mais restons pour un court moment un peu ringards, un peu vieux jeu et réapprenons à conter fleurette, comme au XVIe siècle en volant de fleur en fleur.
Dans le Feuillu, tradition antique (chantée et dansée), la jeunesse fête le retour du printemps avec force guirlandes de fleurs et de rameaux. Après avoir désigné dans le groupe le Roi et la Reine de Mai, ils s’en vont, par les villages ou quartiers, récolter de la farine, des œufs, du sucre et aussi de l’argent.
Le compositeur et pédagogue Emile Jaques-Dalcroze (1865-1950) a écrit le texte et la musique du Jeu du Feuillu dans lequel on peut entendre et comprendre les provocations que se lancent filles et garçons dans un début de jeux amoureux.

Les filles :
«Hé garçons, servants infidèles du Mai
Qui ne savez pas trouver dans le bois la feuillette nouvelle,
Vous ne saurez non plus trouver les chemins feuillus
Du cœur des filles que vous aimez en Mai.
(...)
Vous ne l’avez pas le Mai, vous ne l’avez pas le Mai,
Car il ne veut plus, le feuillu, fleurir dans votre garçonnière.»
(in La chanson des “risolettes”)

Les garçons :
«Le soleil filait de l’or sur les haies pour le Mai nouveau...
Nos chansons d’amour se sont dévidées comme un écheveau.
V’là le Mai, (...) nous avons fait belle cueillette, V’là le Mai (...) si gai.
Nous reviendrons deux dans les bois ma mie,
Lavons-nous les yeux de claire verdure,
Peut-on aimer mieux qu’au printemps ma belle,
V’là le Mai joyeux (...)»
(in La chanson des garçons de Mai)

Vous l’aurez compris, «conter fleurette» signifie d’abord “s’exprimer en mots galants, faire la cour”, mais peut vite avoir le sens de “cajoler, amadouer, flatter...” lorsque la sincérité fait défaut.

Complément lexical :
Fleureter : date du XVIe s. = voler de fleur(s) en fleur(s),
Conter fleurette : date du XVIIe s. ; fleurette = propos galant
Fleureter, sens de “faire la cour”, est dérivé de l’anglicisme flirter (=agiter, remuer vivement ; badiner, être inconstant) et date de la fin du XIXe s.

lundi 4 mai 2009

L comme langue






















«Tu donnes ta langue au chat ?»

Donner sa langue au chat, c’est reconnaître publiquement que la question est trop difficile et que, de ce fait, on renonce à la recherche de la solution : le questionneur doit nous donner immédiatement la réponse à la devinette.

Voici une des expressions populaires les plus connues ! Tous les enfants l’utilisent. Ceux de langue étrangère l’apprennent très rapidement au gré de leurs interactions avec les francophones. Lors d’un jeu de devinettes, alors que la réponse n’aboutit pas, il y a toujours quelqu’un pour s’écrier, avec le plaisir de relever le déficit de connaissances des autres : « Vous donnez votre langue au chat ?»
Parce qu’elle concerne en premier lieu le monde de l’enfance, cette petite phrase fait sourire les adultes. Touchante naïveté chez les petits ou rituel implicite transmis par les plus expérimentés, la «langue au chat» reflète une part d’innocence que nous, enfants devenus trop grands, avons perdue.
Entre adultes, cette expression semble incongrue comme si on était “retombé en enfance”, alors que nous nous prêtons naturellement à ce jeu lorsqu’un enfant nous y entraîne.

Or, donner sa langue au chat n’était pas, dans «le brouillard des temps» (selon la formule de Duneton), un geste aussi puéril, innocent ou inconséquent qu’il ne paraît aujourd’hui. D’abord, on ne la donnait pas au chat mais au chien. Ensuite, elle faisait partie de la panoplie des supplices connus tels que : couper les mains, le nez, l’oreille, la langue, châtiments réservés aux voleurs ou aux prisonniers de guerre. Cet acte de barbarie n’est plus toléré dans les pays ou les sociétés respectueux des droits humains.
Aujourd’hui, cette expression relève aussi du domaine psychanalytique car «donner sa langue à manger aux chiens, ou aux chats, c’est, par une automutilation symbolique, devenir irrémédiablement muet, et donc le plus sûr moyen de ne jamais pouvoir répondre à la question posée.» (Claude Duneton)

Malgré tout, je continuerai à jouer aux devinettes, et à donner ma langue au chat, pour la satisfaction personnelle de l’enfant qui peut démontrer, pour une fois, qu’il en sait plus que moi.

jeudi 30 avril 2009

Petit florilège de dictons météorologiques pour fêter le passage d’avril à mai




Ce n’est jamais avril
Si le coucou ne l’a dit.


Il n’est point d’avril si beau

Qui n’ait de neige à son chapeau.


Au mois d’avril

Ne quitte pas un fil ;
Au mois de mai,
Va comme il te plaît.
Et encore, je ne sais.


Avril frais et mai chaud

Remplissent les granges jusqu’en haut.


Mai frais et venteux
Fait l’an plantureux.


Petite pluie de mai

Tout le monde est gai.


Quand il pleut le premier jour de mai,
Les fourrages rendent le lait amer.


Quand il tonne le premier mai,
Les vaches auront du bon lait.

mercredi 22 avril 2009

B comme bâiller ou bayer!



Ne confondez pas, comme moi, bâiller et bayer, deux homonymes homophones mais pas homographes.
Le premier, bâiller, sert à exprimer un moment d’ennui ou un sentiment de fatigue alors que le sommeil vous guette déjà. Concrètement, la bouche s’étire verticalement, les yeux se ferment et un profond soupir s’échappe de vos lèvres. Votre hôte qui prenait plaisir à vous raconter ses vacances aux Seychelles interrompt son monologue et vous propose diplomatiquement un jus de fruit (pour vous aider à tenir le coup). Ne dites pas que vous n’avez jamais connu cette situation.

Le deuxième, bayer, concerne peut-être davantage les enfants. En effet, si vous surprenez votre fils, votre fille, immobile (pour une fois), les yeux dans le vague ou lisant la ligne de l’horizon, la bouche grande ouverte, c’est qu’il (elle) baye… aux corneilles !
Je cite La Puce à l’oreille, l’ouvrage de Claude Duneton, qui est une véritable mine d’or :
«… bayer, de l’ancien baer, ou béer, qui est tenir la bouche ouverte, de surprise ou d’innocente attention, lequel a donné la bouche bée, la gueule béante, les badauds (par l’occitan badar), et les bégueules (bée gueule) !»

Pourquoi aux corneilles ? Selon Duneton, ces oiseaux sont en l’air et l’expression du visage est «encore moins futé[e]».
J’aurais une autre proposition, toute personnelle et subjective, induite par l’observation des corneilles par un jour de grande chaleur. J’avais remarqué que quelques-unes, en plein midi, s’étaient posées sur le gazon d’un parc qui venait d’être humidifié. Elles s’étaient aplaties au sol, les ailes écartées et le bec ouvert : elles haletaient. Maintenant que je me remémore cet incident, je trouve qu’il y a une analogie avec l’expression bayer aux corneilles.